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Robert Ménard, l'enfumeur de Reporters sans frontières au FN

Par Maxime Vivas

Paru sur L'Humanité Dimanche

 

Nouvelle star des fachos, Robert Ménard joue les anticonformistes et défenseurs de la libre expression pour s’attirer la cohue médiatique.

 

 

Il a distillé sa haine des syndicats, de l’IVG, fait l’éloge de la peine de mort sur les plateaux télé... Comment l’ex-dirigeant de Reporters sans frontières, « expert » en basses manoeuvres, a-t-il fait son nid et celui du FN dans les médias ?

 

Comment ce pied-noir dont la famille s’installa dans l’Hérault, cet ancien mystique qui faillit entrer au séminaire, cet ancien anarchiste, trotskiste, socialiste, sarkozyste, ce bateleur de café du commerce s’improvisant successivement assureur, manœuvre, apiculteur, vendeur de produits de beauté à la gelée royale est-il arrivé à entrer dans toutes les librairies du pays pour y crier dans deux opuscules : « Vive Le Pen ! » en jurant qu’il n’est pas lepéniste et « Vive l’Algérie française ! » en se prétendant

défenseur des peuples et militant de la liberté ?

 

L’histoire de l’ascension de Robert Ménard commence en 1985 quand il écoute une émission de France Inter consacrée à Médecins sans frontières (MSF). Alors jaillit l’idée qui va le propulser au zénith des médias et assurer

sa carrière. Il sollicite l’aide de Rony Brauman, président de MSF, et du journaliste Jean-Claude Guillebaud pour fonder Reporters sans frontières, dont l’objectif initial est de «promouvoir des formes de journalisme alternatif». S’il se laisse appeler « le fondateur de RSF », gommant ses coéquipiers qui ont claqué la porte, c’est qu’ils n’ont pas de mots assez durs envers celui dont le virage s’est aussitôt amorcé (Brauman le qualifie de «dictateur de village»).

Le premier tournant à droite Très vite, il comprend que la critique de la presse n’est pas le bon créneau :

« Pour défendre les journalistes dans le monde, nous avons besoin du soutien consensuel de la profession, tandis que la réflexion critique sur le métier de journaliste prête par définition à polémique. Comment, par exemple, organiser un débat sur la concentration de la presse et demander ensuite à Havas ou à Hachette de sponsoriser un événement ? » (1). Et pour que les mécènes à venir entendent bien, il insiste par cet aveu que «Marianne » (mars 2001) juge sarcastiquement « formidable » et «courageux» : « Nous avons décidé de dénoncer les atteintes à la liberté de la presse en Bosnie et au Gabon, et les ambiguïtés des médias algériens ou tunisiens... mais de ne pas nous occuper des dérives françaises. » Guillebaud est d’un autre avis (« le Monde », 21 janvier 2005) : « Je pensais que ce type d’association ne pourrait conquérir sa légitimité que si elle consacrait autant d’énergie aux dévoiements de la presse dans les pays riches – à l’information spectacle, à la concentration... – qu’aux entraves à la liberté de la presse dans les autres pays. » Ménard refuse de le suivre : « Parce que, ce faisant, nous risquons de mécontenter certains journalistes, de nous mettre à dos les grands patrons de presse et de braquer le pouvoir économique. Or, pour nous médiatiser, nous avons besoin de la complicité des journalistes, du soutien de patrons de presse et de l’argent du pouvoir économique (2) ». Sans compter la manne des contribuables que nous

sommes, via les subventions du premier ministre, du ministère de la Culture et de la Communication, du ministère des Affaires étrangères, de l’Agence intergouvernementale de la francophonie et de l’UE (qui a versé à RSF 1 300 000 euros en 2003-2004). La pompe à finances étant amorcée, la recherche effrénée de médiatisation va porter ses fruits et Ménard triomphe ainsi d’Amnesty International : « Reporters sans frontières a parfois plus d’écho dans les médias alors que nous sommes cent fois moins importants».

Les accointances Le Pen-Ménard

Si une certaine intelligentsia les découvre aujourd’hui, les connivences entre Ménard et les Le Pen ne sont pas nouvelles. Elles portent sur la liberté de la presse, la torture, la peine de mort, le droit à la différence (le mariage pour

tous), l’égalité hommes-femmes, le droit des femmes (parité), à l’avortement, l’évolution de l’Église, la démocratie et la dictature, le terrorisme, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la capacité à admettre d’autres opinions, le droit de parole des contradicteurs (il m’a menacé deux fois d’un procès), le négationnisme, l’antisémitisme, le racisme

anti-Arabe, l’islamophobie, le droit de vote des étrangers, la classe politique, les groupuscules violents, les extrémistes catholiques, les royalistes, la gauche française. Et, bien sûr, le droit des travailleurs. Ménard a confié au «Parisien» du 28 mars 2010 qu’après son départ de RSF, « ils ont élu un

délégué du personnel. Moi, ça ne me serait jamais venu à l’idée ». 25 ans patron et pas l’ombre d’un délégué, d’un syndicat chez lui !

 

« Candidat investi à Béziers par Mme Le Pen aux municipales, Ménard est un poisson pilote d’un projet national de rapprochement de toutes les droites. »

Les employeurs étrangers de Ménard

 

Après sa « démission » précipitée de RSF dans des circonstances curieuses, Ménard a mis en pratique son goût de la liberté d’expression en se vendant au Qatar, pays de polygamie, de misogynie, dictature où les travailleurs étrangers sont traités comme des serfs, où la flagellation et la peine de mort sont appliquées, où la presse est libre de ne pas émettre de critiques sur la famille régnante, les corps constitués et le gouvernement (pléonasmes), où un poème mal venu sur le printemps arabe vaut 15 ans de prison à son auteur et où les lois découlent de la charia.

 

Puis, il va travailler en Géorgie comme conseiller consultatif international pour le multimilliardaire Bidzina Ivanishvili (actionnaire de Gazprom) dont la fortune est supérieure au budget de son pays, qui fait campagne pour la présidence en achetant les voix par la distribution de cadeaux (téléviseurs, lavevaisselle, machines à laver...) et qui dirige Rêve géorgien, une coalition homophobe, xénophobe et islamophobe.

L’atterrissage logique au FN

Candidat investi à Béziers par Mme Le Pen pour les élections municipales de 2014, Ménard est un poisson pilote d’un projet national de rapprochement de toutes les droites. Il a lâché qu’il y a trop d’immigrés en France et à Béziers où il doublera les effectifs de la police municipale. Dans sa liste fourre-tou où se camoufle le parti dominant (le FN), il promet l’arrivée de quelques encartés UMP et UDI. Un temps, il a tenu dans son épuisette un élu du PS mal informé, Pierre Callamand (candidat à l’investiture socialiste pour la mairie), qui ne voyait « aucun problème à travailler avec lui ». Il a séduit Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République) qui s’écrie : « Robert, c’est Jeanne d’Arc ! » (« Midi libre », 7 septembre 2013). L’ex-UMP Christian Vanneste (Rassemblement pour la France), connu pour avoir parlé de « la fameuse légende de la déportation des homosexuels », le soutient activement. Tous ces braves gens marchent au pas vers le cul-de-sac de la dédiabolisation du FN et de la diabolisation de certains étrangers ou de jeunes Français, nés sur notre sol, mais que des Dupont-la-Joie appellent les « immigrés de deuxième génération » s’ils sont arabes, dénomination à laquelle j’échappe (alors que je suis fils d’Espagnols) et qui n’a jamais été utilisée pour qualifier un ancien président de la République d’origine hongroise.

 

 

Edité par Tania Hernández
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