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Un cadeau pour Antonio

C'est entre les murs de la prison de Florence aux États-Unis qu'Antonio Guerrero a ouvert ce samedi les yeux sur son 46 ème anniversaire. Il est né à Miami au sein d'une famille qui est rentrée à Cuba peu après le triomphe de la Révolution.

Antonio n'a cessé, comme les 4 autres Cubains condamnés en même temps que lui, de clamer non seulement son innocence mais le droit légitime de Cuba à se défendre contre les meurtriers qui préparent des attentats terroristes contre sa population. Et -à chacun ses capacités- il a eu recours à la poésie pour ce faire :

Je suis un homme

Je suis un espion, disent-ils
je suis un homme simple
qui a consacré sa vie
à servir et à créer.

Je suis un espion, disent-ils
je suis un homme modeste
qui ne prétend pas vivre
mieux que les autres.

Je suis un espion, disent-ils
je suis un homme discret
qui n'a pas de secret
qui n'a pas de méchanceté,


Je suis un espion, disent-ils
je suis un homme sensible
romantique, loyal
poète à ses heures.

Je suis un espion, disent-ils
je suis un homme sans peur
sûr de lui
qui va son chemin, tranquille.

Je suis un espion, disent-ils
je suis un homme sans guerre
"guerrier" signifie mon nom
mais je suis plein de paix.

Ce poème inclus dans sa déclaration devant le tribunal et d'autres ont inspiré deux artistes peintres, un Français, Georges Fredenucci et un Cubain, Francisco Rivero. Marie France Allamand du Collectif pour Cuba de la ville de Grenoble, en France, nous donne des détails.

"Sur initiative d'artistes qui nous ont proposé de faire des poèmes affiches à partir des poèmes d'Antonio traduits en français, nous venons d'éditer quatre sérigraphies d'art, ce sont de vrais objets d'art, les deux oeuvres de ces peintres illustrent donc 4 poèmes d'Antonio."

Les 50 sérigraphies qui jouent sur les rouges, les marrons et les verts seront vendues au profit de Medicuba, un réseau d'associations de 12 pays européens qui appuie la médecine cubaine.

Francisco Rivero a choisi d'illustrer un poème qui rend hommage à notre héros national, qui a organisé la guerre d'indépendance de 1895 et dont les idées sont la base même de notre société. Ce poème s'intitule Ode au maître et fait allusion à la fin à une phrase de Marti qui signalait à propos des États-Unis: "J'ai vécu dans le monstre et j'en connais les entrailles".

Ode au Maître

Dans tes vers j'ai grandi avec une âme pure;
Enfant, je t'ai adoré comme un père;
Mon cœur s'ouvre à ta valeur toujours actuelle
Avec ton exemple d'amour et de bravoure.

Jamais, tu ne devais mourir et aujourd'hui moins encore
Où la lumière illumine le chemin,
Tu es dans chaque pas du destin
Vers lequel j'avance avec tout mon courage.

Un monstre peut bien avoir, dans ses entrailles,
Emprisonné mon corps, puisque j'habite dans son ventre,
Mais ma pensée est libre, avec le cri de liberté
Qui naît de ces montagnes.

L'édition des poèmes d'Antonio en français est sur le point de voir le jour en France mais le Collectif pour Cuba de Grenoble n'a pas attendu cela pour les faire connaître.

"Dès qu'on aura le livre, on le diffusera. Jusqu'à présent nous avons vendu ceux que nous avions apportés de Cuba et qui étaient en espagnol. Plus récemment, un livre a été édité à Cuba à partir de la correspondance des familles des 5 prisonniers. Je pense que là aussi, nous allons faire quelque chose, traduire des passages, le diffuser auprès de nos amis hispanophones. J'espère qu'en France, nous pourront mettre sur pied une action au niveau national, comme en Suisse où il y a une coordination, en Belgique où il y a eu une manifestation ou en Suède où une grève de la faim s'est déroulée cet été."

Une action qui ne saurait se relacher en ce moment où la Cour d'appel d'Atlanta qui a tenu audience le 10 mars examine l'affaire pour se prononcer sur la kyrielle d'irrégularités dont elle a été entachée. Continuer à dénoncer l'injustice crasse dont les 5 sont victimes afin que cette cour puisse pour le moins rectifier les erreurs antérieures est le mieux que nous puissions tous faire aujourd'hui comme le signale au micro de RHC, le Président de l'Assemblée Nationale, Ricardo Alarcon:

"Le silence ne sert que ceux qui les ont emprisonnés et ceux qui essaient de leur refuser la justice. Je crois qu'il faut multiplier les dénonciations, multiplier les efforts de solidarité, précisémment parce le silence continue à être employé par l'administration Bush et la grande presse des États-Unis et d'ailleurs pour permettre que soit cachée une contradiction scandaleuse: Il y a aux États-Unis des gens emprisonnés pour le seul crime de s'être opposé au terrorisme toléré par le gouvernement américain, ce même gouvernement qui menace de la guerre la planète tout entière pour une soi disant lutte contre le terrorisme."

Et repondre à cet appel est aussi le meilleur cadeau que nous puissions faire à Antonio pour son anniversaire.