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La question des 5 au Parlement Européen

"Nous continuerons à exiger le respect des droits des prisonniers et de leurs proches"
Déclarations de Miguel Angel Martinez, député du PSOE au Parlement
Européen
Miguel Angel Martinez a posé à la Présidence du Conseil de l'Europe plusieurs questions portant sur la violation des droits humains des 5 et de leurs familles. Elles demandent clairement aux autorités européennes d'intervenir auprès des autorités étasuniennes sur cette question.

Q. Pourquoi avez-vous présenté des questions sur les violations des droits humains des 5 et de leurs familles à la Présidence du Parlement Européen ?

Miguel Angel Martinez : "Lors de la visite d'Olga Salanueba et d'Adriana Perez au Parlement Européen l'année dernière, visite qui a été très émouvante, nous avons découvert le crime qui est commis contre ces deux femmes. Indépendamment du fait que le procès n'a respecté aucune des normes du droit, une fois que les 5 ont été condamnés, il est évident que le droit international et humanitaire est violé lorsqu'on leur interdit à elles deux de rendre visite à leurs maris en prison. Face à la souffrance, à la dignité et à la force de ces deux femmes, la seule chose que nous avons faite a été réagir comme nous le croyons juste. Nous allons continuer à réagir chaque fois que cela sera nécessaire à une situation dont je crois qu'elle exige qu'on proteste haut et fort."

Quel résultats vos démarches ont-elles eus ?

"Le plus important, c'est que la question a été portée devant le Conseil de Européen, l'ensemble des 15 gouvernements des 15 États membres, devant l'opinion publique par des députés européens qui ont décidé de s'engager à fond sur cette affaire. Il faudra que les autorités répondent à certaines de nos questions au cours des réunions qui se tiendront. Jusqu'à présent, nous n'avons eu que des réponses insatisfaisantes, bureaucratiques et nous l'avons dit."

Qu'ont-ils dit exactement ?

"Que c'est une question qui concerne les relations bilatérales entre les États-Unis et Cuba, que l'Union Européenne n'a pas à s'en mêler. Ce n'est ni une réponse valable ni une réponse digne. Dans le cas de l'Italie, nous avons dit que nous n'acceptons en aucune manière la réponse du gouvernement de Berlusconi parce que la personne qui nous a répondu n'a ni décence ni crédibilité en Europe. Bien que, à vrai dire, le fait qu'il ne prenne pas fait et cause sur cette question - alors que c'est pourtant son obligation - ne nous ait pas étonnés. Néanmoins, je crois que le gouvernement irlandais qui préside maintenant le Conseil a une position digne et est représenté par des gens raisonnables, des personnes bien. Il est plus difficile pour eux de répondre d'une manière bureaucratique. Nous allons continuer à insister. "

À combien de questions avez-vous eu une réponse ?

"Nous avons posé plusieurs questions aux deux dernières présidences. Le Premier ministre irlandais s'est senti gêné lorsque je lui ai dit que la réponse était un texte rédigé de manière bureaucratique par des fonctionnaires et qu'il n'était pas digne de lui, tel que je le connaissais. Il a essayé d'arranger un peu les choses et a répondu que son gouvernement est favorable au respect des droits humains des détenus et de leur famille. Le plus important de tout cela, est qu'ils sachent que nous n'allons pas flancher et que nous continuerons à exiger que ces violations cessent, quel que soit le gouvernement qui préside l'UE."

Pourquoi croyez-vous qu'il est bon de livrer cette bataille auprès du Conseil Européen ?

"Nous recevons en permanence des informations des familles et des groupes qui luttent pour la libération des 5. Nous représentons nos peuples auprès des autorités européennes et il est vrai que, dans nos pays, des voix s'élèvent pour exiger le respect des droits de ces prisonniers et de leurs familles. Nous transmettons la préoccupation de nos peuples aux autorités européennes et nous avons le devoir d'agir de manière conséquente. C'est pour cela que nous sommes ici."

Il est clair qu'aucune information n'est donnée aux États-Unis sur les 5, en est-il de même au Parlement Européen ?

"Cette affaire a déjà fait parler d'elle. Nous avons mis cartes sur table. On en parle beaucoup plus qu'avant et nous aussi l'avons fait. Celui qui dit ne pas être au courant, ment. Au Conseil Européen, cette affaire et les irrégularités dont elle a été entachée sont connues.
Nous nous sommes battus sur la question de la violation du droit des familles et des détenus parce qu'ils ont été traités d'une manière perverse : on permet à certains de voir leurs familles et à d'autres non. L'attitude étasunienne vise à créer la division entre les prisonniers, à les démoraliser. L'unité qui existe entre eux est très importante pour résister à une situation qui est très dure.
Je le sais parce que, moi aussi, j'ai été emprisonné plusieurs années. On ne leur permet pas les visites pour tenter de briser leur capacité de résistance. C'est une attitude qui, non seulement viole les droits établis par les réglements internationaux, mais aussi participe d'une cruauté inadmissible qui nous remplit d'indignation. Nous défendons une cause qui est extrêmement juste. Nous n'allons pas céder d'un pouce.
L'UE change de présidence tous les 6 mois. Certains ont une plus grande sensibilité que d'autres sur ces questions. La prochaine présidence sera assurée par la Hollande et nous espérons de ce pays une plus grande attention et une plus grande action."

La Présidence de l'UE est tenue de répondre aux questions?

"Il y a une obligation réglementaire de répondre aux questions. Quelquefois les réponses sont plus satisfaisantes que d'autres. Chaque fois que la Présidence répond, cela ouvre droit à une nouvelle question. Nous en avons usé."

Y a-t-il eu d'autres initiatives ?

"Oui, étant donné l'inconsistance des réponses reçues par certains députés européens, nous avons adressé une lettre au Président qui était alors le Premier ministre irlandais, à Romano Prodi, Président de la Commission Européenne, à Pat Cox, Président du Parlement Européen et à Javier Solanas, Secrétaire général du Conseil de l'UE. Cette lettre fait état de notre préoccupation sur la question des 5 et des violations de leurs droits qui comprend le problème des familles."

Nous savons que vous avez été accusé de politiser cette question...

"Certains pensent que cette poser cettte question revient à faire de l'agitation, mais ce n'est pas dans cet esprit que nous le faisons et ils le savent bien. Le Parlement Européen a fait état de sa préoccupation pour les droits humains des 75 personnes incarcérées à Cuba. Nous avons mis le Parlement au défi de ne pas s'intéresser seulement aux droits de certains Cubains, mais de tous. Il y a 5 ressortissants de ce pays dont les droits ne sont pas violés par les autorités cubaines, mais par les États-Unis. Nous voulons faire appel à la cohérence de ceux qui élèvent leur voix pour certains Cubains mais qui ignorent les autres."

Sur le plan personnel, pourquoi vous êtes vous engagé dans cette bataille en faveur des 5?

"Je sais quelles sont leurs souffrances. Mon fils est né au moment où j'étais en prison, sous Franco, et je n'ai pas pu le voir alors. Pendant trois longues année, je n'ai jamais pu arriver à voir mon fils, ma femme et mes parents à moins de deux mètres, avec des barreaux entre nous. Je sais combien c'est dur et combien il est important de recevoir les encouragements et la tendresse de la famille dans ces circonstances. Les 5 ont droit à la visite de leurs proches, ils ont le droit de savoir directement à quel point leurs familles font corps avec eux et combien elles luttent pied à pied pour que leurs espoirs de liberté se réalisent. C'est l'espoir que nous avons aussi, nous qui sommes loin et solidaires. Je ne doute pas du fait que, plus tôt qu'on ne pense, leurs proches pourront les prendre dans leurs bras comme ils en ont le droit élémentaire et que, nous aussi, nous pourrons le faire ici ou à Cuba. Nous savons que la justice l'emportera et qu'ils apparaîtront comme ce qu'ils sont : des patriotes cubains qui ont tenté de défendre leur peuple de la pire des agressions que connaisse le monde : le terrorisme."

Propos recueillis par Arleen Rodriguez et Rosa Miriam Elizarde, journalistes cubaines