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Témoigner au Canada : Irma Gonzalez et Aleida Guevara

Du 24 septembre au 14 octobre, 12 villes canadiennes ont accueilli grâce au Réseau de solidarité avec Cuba pour la partie anglophone et à la Table de concertation de solidarité avec Cuba a pour la partie francophone, Aleida Guevara, fille du Che et Irma Gonzalez, fille de René, un de nos 5 compatriotes emprisonnés aux États-Unis où ils surveillaient les organisations extrémistes qui préparent des attentats contre Cuba. Elles témoignent.

RHC a recueilli les déclarations d'Irma Gonzalez qui avait 13 ans à peine lorsque le FBI a fait, à l'aube du 12 septembre 98, irruption dans l'appartement de ses parents, y compris dans sa chambre, pour arrêter son père. Voici ce qu'elle nous a dit :

" Ce qui m'a le plus frappé, c'est qu'après chaque rencontre, les gens venaient nous demander ce qu'ils pouvaient faire. Ils nous disaient qu'ils voulaient aider maintenant qu'ils étaient au courant de toutes les injustices commises contre les 5. Le sens de la justice, de l'humanité les poussaient à cette démarche. Certains venaient me parler des larmes dans les yeux. Je ne pensais pas qu'au Canada, compte tenu de l'influence des États-Unis, de leur proximité, tant de gens viendraient à nos conférences, que tant de gens s'intéresseraient à ce que nous avions à dire de Cuba dans un pays où la presse lui est totalement hostile ".

Irma Gonzalez a eu l'occasion aussi de rencontrer des personnes qui écrivent à son père en signe de solidarité avec les 5, elle a signalé à ce sujet :

" Cela a été émouvant, de la même manière que voir des Étasuniens traverser la frontière et venir de Seattle, Buffalo pour se renseigner sur l'affaire. Quand nous sommes allés à Niagara, j'ai retrouvé un jeune que j'avais connu ici au cours de la rencontre des jeunes Cuba- États-Unis qui a eu lieu en juillet. Il avait entendu parler de l'affaire des 5 ici et il a voulu en savoir plus. "

Irma Gonzalez a également été interviewée par Radio Canada qui est aussi écoutée aux États-Unis, une manière de tenter de briser le mur du silence dressé dans cette affaire, elle commente au micro de RHC :

"Les journalistes ont tenté de faire passer leur ligne, leur désaccord avec nous, mais, cela ne fait rien, nous transmettons notre message. Quelle que soient les questions, nos réponses sont nos réponses. Nous avons rappelé que les 5 étaient aux États-Unis pour lutter contre le terrorisme, qu'ils ne défendaient pas seulement des Cubains mais d'autres personnes, y compris des Étatsuniens et qu'ils le referaient s'il cela était nécessaire. Quel que soit le ton agressif du journaliste, s'ils nous donnent la parole, c'est parfait. J'ai aussi été interviewée à la télévision, à peu près 7 minutes, c'est vraiment positif. "

Nous avons voulu savoir quels étaient les aspects de l'affaire en général et du procès en particulier qui avaient le plus attiré l'attention des personnes qu'elle avait rencontrées :

" En tout premier lieu lorsque nous leur disions : " les États-Unis sont engagés dans la lutte contre le terrorisme et il y a, dans leurs prisons, 5 hommes qui menaient justement ce combat ". Les gens étaient frappés de cette contradiction. Ensuite lorsque nous leur parlions de toutes les violations commises contre eux, non seulement des lois étasuniennes mais aussi des droits de l'Homme. Nous leur avons dit comment ils ont été mis trois fois au secret sans raison, la dernière fois en pleine préparation des documents d'appel, la fois d'avant uniquement parce qu'après avoir été déclarés coupables, ils avaient écrit une lettre au peuple des États-Unis pour expliquer quelle était leur mission. Mais aussi nos interlocuteurs étaient impressionnés lorsque nous leur expliquions que deux des femmes des 5 ont interdiction d'aller les voir car les États-Unis leur refusent les visas. La femme de Gerardo l'a eu une fois, elle est arrivée jusqu'à Houston, on l'a arrêtée à l'aéroport et expulsée vers Cuba.

L'autre cas est celui de ma maman. J'ai expliqué comment ils avaient utilisé notre famille pour faire pression sur papa et l'obliger à témoigner contre ses 4 autres camarades sous peine de représailles contre nous. Ils les ont prises, maman aussi a été arrêtée alors que ma petite soeur avait quelques mois mais il n'a pas cédé. Et maintenant ni maman ni ma soeur ne peuvent lui rendre visite en prison. Ces aspects humains touchaient les gens. Bien sûr, lorsque nous avons eu l'occasion de rencontrer des avocats, nous abordions toutes les violations de la légalité commises contre les 5 et il y a de quoi faire ! Il nous suffisait d'avoir en face de nous des gens épris de justice tout simplement pour qu'ils soient frappés, il nous suffisait de dire la vérité, les choses telles qu'elles se passent. "

Pour sa part la fille du Che, Aleida Guevara a signalé au cours d'une rencontre avec la presse :

" Je pense que le plus important est que nous avons ouvert une brèche pour les questions, la réflexion. Les organisations de solidarité se sont unies, nous nous sommes senties comme chez nous. C'est une expérience très enrichissante. Nous avons souligné combien, à travers le Canada, il était important pour nous de communiquer avec le peuple des États-Unis, de tenter de pénétrer dans la presse étasunienne. Bien sûr, nous sommes revenues avec le sentiment qu'il y a encore beaucoup à faire, mais je pense que nous avons touché beaucoup de gens en particulier parce qu'Irma a pu raconter son expérience. Comme Cubaine, j'avais toujours défendu la cause des 5 mais être proche des familles donne une autre dimension.

J'ai insisté sur ce que vivent les enfants, en faisant référence à mon expérience personnelle. La date s'y prêtait, papa a été assassiné le 8 octobre. J'ai expliqué qu'il était triste de grandir sans ce père dont on ressent le besoin. Dans le cas de ces enfants, le père est vivant, il est prisonnier pour des raisons tout à fait irrationnelles et il faut donc lutter pour sa libération. Par ailleurs, les contacts avec les juristes ont été importants. Je pense que la visite a vraiment été positive. "

Aleida Guevara a souligné aussi qu'elle avait beaucoup apprécié le fait que, au delà des divergences internes possible, les diverses organisations canadiennes s'étaient unies autour de Cuba.