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Les proches des 5 : les visas comme moyen de torture

Outre les condamnations terribles pour des crimes qu'ils n'ont pas commis puisque l'accusation est "conspiration pour se livrer à l'espionnage" et "conspiration pour assassiner au premier degré", les 5 sont soumis à diverses formes de tortures psychologiques, parmi elles, la manipulation des visas que les Etats-Unis accordent au compte goutte aux familles quand ils les accordent. Cela viole tant le droit international, que la Convention panaméricaine, les lois étasuniennes et le règlement des prisons des Etats-Unis. Explication de Magaly Llort, mère de Fernando Gonzalez au nom des familles, à l'occasion de la Journée d'hommage aux victimes de la torture instaurée par les Nations Unies.


Un an au moins d'attente et de multiples tracasseries à l'arrivée

"Nous avons chaque jour des difficultés plus grande pour aller leur rendre visite alors que notre présence est ce qui les aide à supporter la prison.

Au début de cette dramatique affaire, le Ministère des Affaires étrangères Internationales prenait en charge tout ce qui concernait les demandes de visa au Bureau des Intérêts des Etats-Unis à la Havane.

Nous n'avions réalisé que deux voyages quand les obstacles ont commencé: Le Ministère des Affaires étrangères s'est vu interdire d'intervenir dans cette question. Ils ont dit que ce type de visa n'avait pas un caractère humanitaire. Cela a obligé les proches à faire la longue queue des demandes de visas, de la même manière que toutes les autres personnes qui vont aux Etats-Unis pour rendre visite à leur famille, pour des vacances.

En conséquence nous devions attendre notre tour pour remplir un formulaire de demande, la date fixée pour le présenter et assister à l'entretien de rigueur, sans compter que nous ne recevons pas la réponse immédiatement comme toutes les autres personnes qui se présentent au Bureau des Intérêts. On nous demandait de laisser les documents et d'attendre la réponse de Washington.

Dans certains cas, cette réponse n'est arrivée que 7 ou 15 mois après. C'est le cas de Mirta, âgée de plus de 70 ans et dont le fils, Antonio, est condamné à la détention à vie. Elle a attendu la réponse jusqu'à 15 mois sans savoir si on lui avait accordé le visa ou non. Dans ces occasions-là, le Ministère des Affaires étrangères a essayé de savoir quelles étaient les difficultés qui se présentaient, et, tout simplement on lui a répondu qu'il ne pouvait pas intervenir quand il s'agissait d'un visa pour un proche des 5.

Cela signifie que bien que les 5 aient le même droit que les autres prisonniers de recevoir le nombre de visites mensuelles établi par chacune des prisons - il est différent - ces rencontres sont devenues des visites annuelles pour nous. De plus, le fait que le visa nous soit accordé ne constitue pas une garantie du fait que nous puissions les voir.

Ensuite, il est devenu encore plus difficile d'obtenir le visa car le système de demande à changé. Ils ont établi le système des appels téléphoniques. Cela implique que nous devions passer 4 et 5 mois à communiquer aux heures de bureau et avec deux numéros de téléphone pour tout le pays, il est très difficile de communiquer.

Moi, j'ai réussi à communiquer un 14 mai et l'on m'a donné le rendez-vous pour remplir le formulaire en décembre, c'est-à-dire, 7 mois après. Cela sans tenir en compte du fait que, après, il y a un entretien, puis une autre attente jusqu'à ce que on sache par téléphone si le visa nous a été accordé ou non.

Il y a un autre point : On ne nous accorde pas de visa multiple, ce qui nous oblige à, à notre retour à recommencer le processus pour que la permission de nous rendre aux Etats-Unis nous soit de nouveau accordée ou non.

Quand le visa nous est accordé, il est limité sur deux plans:
1- Les aéroports par lesquels nous pouvons entrer dans ce pays. Ce qui signifie un voyage plus long et plus fatigant. Il y aurait des voies plus rapides pour arriver où sont nos fils, mais elles nous sont interdites.
À l'entrée, on signale sur le visa que nous devons rester dans la localité où se trouvent les prisons. Les prisons ne permettent pas des visites tous les jours et l'on ne nous permet pas de nous déplacer. Nous devons demeurer dans ces communes qui sont très isolées.

2 - En arrivant aux Etats-Unis, nous sommes aussi soumis à de très longs interrogatoires dans les bureaux d'immigration où l'on nous demande des renseignements qui figurent déjà dans les ordinateurs, qui prennent du temps et là, commence un long rosaire d'appels téléphoniques aux fonctionnaires.

Avant, on permettait aux diplomates en poste au Bureau des Intérêts de Cuba à Washington de venir avec nous pour nous accompagner pendant notre séjour. Au début, ils restaient avec nous jusqu'à la fin du cycle de visites.
Ensuite, est venue une nouvelle étape : Nos diplomates se sont vus interdire de rester avec nous pendant les jours de la semaine où la prison n'acceptait pas de visite. Ils devaient retourner à Washington et, après, revenir où nous nous trouvions.

Il faut imaginer ce que cela signifie pour nous, le fait de nous trouver dans un endroit tellement écarté, sans personne pour nous protéger, en ayant interdiction de nous déplacer au-delà des limites établies par les autorités étasuniennes. De plus, il y a des Etats dont les hivers sont très rudes et dont les routes sont très dangereuses à cause de la neige. Nous n'avons pas l´habitude d'être dans ces conditions.

Malgré le droit que nous avons de les voir et leur droit à recevoir un nombre donné de visites par mois, en fonction de la quantité d'heures, dans le cas de la prison de mon fils, qui se trouve dans le Wisconsin, il n'y a pas de liste de visiteurs.

Les autorités pénitentiaires n'ont jamais accepté de liste, même pas pour les membres de sa famille. Son épouse et moi, chaque fois que nous y allons, devons encore attendre une permission écrite spéciale de la prison sur laquelle figure la date à laquelle nous pouvons lui rendre visite, tandis que le reste des prisonniers n'a pas ce problème. Il nous est arrivé plusieurs fois qu'à l'entrée de la prison, le fameux document qui nous identifie et qui porte la date à laquelle nous pouvons entrer, n'apparaisse pas.

Cela provoque un état de tension après une année d'attente du visa et de la rencontre avec eux, rencontre qui, en elle-même, n'est pas facile car on a très envie de se regarder face à face, de regarder l'expression de leur visage. Rien ne remplace le besoin du contact interdit à la prison car on ne peut pas les caresser ou les embrasser sauf au moment de l'arrivée et au moment du départ.

Pire encore dans les prisons de haute sécurité

Les proches des camarades qui sont dans des prisons de haute sécurité comme Gerardo, Antonio et Ramón subissent une tension encore plus grande pour les voir. Plusieurs fois il est arrivé qu'après avoir attendu le visa pendant un an, ils tombent sur une prison qui a été fermée en lockdown à cause d'un problème qui s'y est produit. Cela signifie qu'il n'y a de visite pour personne, ni pour ceux dont la famille habite près et qui ont les 52 semaines de l'année pour voir leurs détenus, ni pour nous qui devons attendre ces 52 semaines pour obtenir la permission d'aller les voir.

C'est très difficile pour une personne âgée comme Mirta qui est arrivée à la prison pour voir son fils le jour de la Fête des mères et, parce que la machine du contrôle a sonné comme si elle avait une substance prohibée sur les mains, on ne lui a pas permis d'entrer malgré sa demande d'aller se laver les mains et de repasser par le dispositif. On lui a dit d'attendre 48 heures et elle a perdu donc cette visite-là et une autre.

Si, pendant la visite, dans n'importe quel endroit de la prison, une bagarre éclate, les gardiens mettent fin à la visite et la prison est fermée pendant 15 ou 20 jours. C'est une torture pour nous et surtout pour eux, car il est difficile de savoir que leur famille, après une année d'attente, est arrivée jusques là, qu'elle est à 20, 30 minutes de la prison, l'avoir si près et penser que la date du visa va expirer sans avoir même avoir eu l'occasion de dire au revoir à leurs enfants et à leurs épouses. Quand ils sont en lockdown, ils ne peuvent pas non plus appeler par téléphone.

Parfois on leur permet tous les 3 ou 4 jours de sortir 15 minutes pour se doucher et ils utilisent ce temps à essayer de localiser la famille et de dire ce qui se passe.

Ce sont des tourments qui s'ajoutent à la douleur de les savoir en prison.

Maintenant, on a suspendu le système de demande de visa par téléphone. À présent, c'est la personne qui invite qui doit réunir un certain nombre de conditions et envoyer l'information par fax. De plus, elle doit virer une somme d'argent déterminée par carte etc. Nous ne savons pas encore comment cela va fonctionner pour nous car nous ne faisons pas partie des cas des personnes qui sont invitées par leur famille. Nos proches se trouvent en prison avec des limitations même pour l'usage du téléphone, ils ont les minutes comptées pour quelques appels par mois. Le même temps sert à la famille, au Bureau des Intérêts de Cuba à Washington et à leurs avocats. Ils doivent appeler depuis la prison et l'on ne peut les appeler.

Cela constitue une charge émotionnelle non seulement pour nous, mais pour eux, car ils sont entourés d'une population carcérale qui a commis des délits divers. Ils ne sont pas considérés comme des prisonniers politiques.

De plus, il y a des restrictions précises pour leur rendre visite, les proches ne doivent pas porter des vêtements de la même couleur que les tenues des prisonniers ou les uniformes des gardiens. On est toujours en butte à un problème de dernière heure. Tout cela fait partie d'une torture psychologique contre le prisonnier et sa famille.

Olga et Adriana: la cruauté du refus de visas

C'est-là notre cas, celui des proches qui peuvent se considérer comme des "privilégiés" car ils peuvent aller les voir une fois par an, quand le visa leur est accordé. Que dire du cas d'Olga, l'épouse de René et d'Adriana, l'épouse de Gerardo qui n'ont jamais pu se réunir avec eux?

Que dire du cas d'Olga dont la fille, Ivette, qui a déjà 8 ans, les 8 ans que son père a passé en prison, qu'elle ne connaît qu'en photo et sur les panneaux d'annonce?

Le refus de visa à chacune des 7 occasions où Olga en a fait la demande fait que la petite Yvette n'a jamais pu s'asseoir à côté de son père, lui parler, lui donner un baiser ni lui caresser la tête.

Comment lui expliquer la contradiction qui naît du fait que son père qui est un héros dont tout le monde parle, qui est appuyé à l'étranger, ce papa qui est plein de dignité, qui est une figure digne d'un monument, est en prison?

Quant à Adriana, le visa lui a été accordé une fois. Elle est partie avec l'immense espoir de voir enfin son mari condamné à deux détentions à vie. Elle est arrivée à Houston, a été arrêtée, interrogée pendant onze heures puis renvoyée à Cuba. Depuis, on lui a toujours refusé le visa, la dernière fois, en arguant du fait qu'elle était une émigrante possible. Ce serait le comble de penser qu'une femme qui défend la même cause que son mari, soit capable de trahir son pays, sa Révolution, les idées pour lesquelles son mari est en prison. Si tout cela n'était pas aussi dramatique, on pourrait en rire.

Le problème doit être connu, révélé au monde. Cette situation est due au manque d'information sur l'affaire et sur la juste cause qu'ils défendent. Les Etats-Unis font justement tout pour que cela ne se sache pas, pour que leur politique de deux poids, deux mesures face au terrorisme ne soit pas connue."