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Faire respecter leurs droits et travailler d'arrache pied à leur libération

RHC : Je voudrais tout d'abord que vous expliquiez à quel point nous en sommes de la bataille pour la libération des 5.

Ricardo Alarcon: "La procédure d'appel est engagée, le gouvernement étasunien doit répondre à la documentation présentée par la défense. Ils ont deux ou trois mois pour le faire. De ce point de vue, du point de vue technique et juridique, il faut attendre mais, il ne faut pas le faire sans agir parce qu'il y a une réaction négative ou, au moins, qui nous inquiète: la Cour d'Atlanta n'a pas accepté le document des "Amis de la Cour" qui avait été présenté par la Société cubaine des sciences pénales et le professeur Erik Luna, juriste étasunien, portant sur ce qu'on appelle la théorie de la nécessité de défense. Ils n'ont pas dit pourquoi ils ne l'ont pas accepté. Ils ont employé deux mots pour dire "il n'est pas admis", en anglais, ce sont seulement deux mots.

Cela nous fait souci dans la mesure où cela peut indiquer une certaine tendance à méconnaître, à ignorer la question fondamentale qui fait que Cuba a été l'objet d'actions terroristes de la part des États-Unis. Cette situation a créé pour nous la nécessité de nous défendre, a créé la logique qui a conduit 5 Cubains à aller aux États-Unis, à ignorer certaines régulations étasuniennes, mais pour défendre leur pays face au terrorisme. C'est l'argument central de toute cette affaire, c'est la question de fond. Il fait continuer à faire connaître le document des Amis de la Cour, à mobiliser l'opinion pour lui obtenir des soutiens.

Même s'il ne fait pas partie, techniquement parlant, de la procédure d'appel, la question de la nécessité pour Cuba de se défendre a été soulevée à maintes reprises pendant le procès par les avocats. Alors, c'est une question que la Cour d'appel ne pourra pas ignorer. Il faut continuer à soutenir ce document: La semaine prochaine, il y aura une conférence internationale organisée à la Chambre des députés du Mexique avec la participation de nonbreux parlementaires mexicains, des intellectuels mexicains, des personnalités d'autres pays et cette question sera au centre des débats.
Nous avons fait la même chose à Berlin, il y a deux jours, pendant les activités organisées pour l'anniversaire du mouvement de solidarité avec Cuba en Allemagne, Cuba Si. On a beaucoup débattu de cette question.

L'autre question que j'ai soulevée aujourd'hui est le refus des visas à Adriana Perez, l'épouse de Gerardo, à Olga Salanueva, épouse de René et à leur petite fille parce que c'est une violation flagrante des droits de l'homme en général, des droits de la famille, des droits de l'enfant, des droits des prisonniers et des droits de deux Cubains qui n'ont jamais fait l'objet d'une accusation. Les deux prisonniers ont été condamnés, dans le cas de Gerardo, à vie deux fois et dans le cas de René à 15 ans de prison, on ne les a pas condamnés à ne plus jamais avoir de contact avec leurs épouses. Ce serait inadmissible. On ne peut imposer à qui que ce soit, même aux criminel réels, des châtiments cruels, anormaux. C'est un principe bien établi dans le droit international et dans le droit étasunien aussi.

Il faut faire des efforts supplémentaires pour faire connaître cette dimention additionnelle de la question qui, dans une certaine mesure, fait aussi partie de la procédure légale parce que ce sont des prisonniers qui ont présenté un recours devant la Cour d'appel, mais ce sont des prisonniers qui ont subi et continuent à subir des conditions vraiment intolérables. Même Amnesty International vient de faire référence à cela dans son dernier rapport. Ils ont adressé une lettre au Président Bush. Ils ont écrit deux fois à Monsieur Ascroft qui n'a pas répondu, maintenant, ils se sont adressés au Président lui-même en soulignant que ces deux Cubaines et cette petite fille devraient recevoir un visa étasunien pour rendre visite à Gerardo et René.

RHC: Pendant ce temps, Bush accuse Cuba de faire partie des pays qui appuient le terrorisme.

Ricardo Alarcon : "C'est une manière de justifier leur agression contre nous. Cette accusation reflète l'intérêt de ceux qui visent même à la guerre entre nos deux pays, et, en même temps, c'est une manière de couvrir la réalité: ce sont eux qui pratiquent le terrorisme contre nous, contre Cuba, c'est pourquoi ils ont accusé les 5 Cubains, c'est pourquoi ils les ont condamnés. Cela apparaît dans les documents de la Cour de Miami, par écrit dans divers documents du gouvernement étasunien et même dans les sentences dictées contre les deux Cubains qui sont aussi citoyens des États-Unis: René Gonzalez et Antonio Guerrero.

On les a condamnés pas seulement à 15 ans, pour René et détention à perpétuité pour Antonio mais, au-delà, il leur est spécifiquement interdit d'aller où les terroristes se trouvent, où on sait que les terroristes se réunissent à Miami. Cela a été reconnu sur demande du gouvernement à une cour fédérale au moment où l'on a édicté la sentence contre nos camarades. C'est la meilleure démonstration de l'existence d'un terrorisme nous visant, toléré par le gouvernement étasunien. C'est aussi une preuve des efforts déployés par l'administration Bush pour protéger ces terroristes-là, pour empêcher que personne ne puisse faire n'importe quoi contre leurs activités. C'est la meilleure preuve du fait que c'est le gouvernement étasunien qui est coupable du terrorisme, pas seulement en Irak, pas seulement en Amérique Latine, mais précisément contre Cuba.

RHC : Dans cette exposition que nous venons d'inaugurer aujourd'hui, il y a une caricature que Gerardo Hernandez vient pratiquement de faire en prison, que représente le fait qu'un Cubain qui est emprisonné dans des conditions si difficiles continue de travailler en faveur de la Révolution cubaine ?

Je crois que c'est un message qui va bien au-delà de Cuba et des Cubains. C'est une preuve du fait que l'artiste, le créateur peut continuer à lutter même dans les conditions les plus difficiles. C'est une démonstration du pouvoir incontestable de l'esprit humain. Je crois que Gerardo est un exemple vraiment supérieur pour les artistes et les intellectuels cubains.

RHC : Vous avez dit que vous étiez optimiste à propos de leur libération, pourquoi ?

Ricardo Alarcon : Je crois que la vérité trouvera ses manières d'avancer. On ne pourra pas cacher toujours les faits de ce procès et quand l'opinion étasunienne pourra savoir ce qui s'est passé, je suis sûr qu'elle se chargera de les libérer.

RHC : Vous croyez que la grande presse étasunienne, le gouvernement vont le permettre ?

Ricardo Alarcon : Le gouvernement va continuer à tout faire pour empêcher que le peuple sache, pour cela il continuera a diriger et contrôler leurs médias. Mais il y a des manières, des voies alternatives pour contourner cet état de fait. Il faut beaucoup travailler, se munir de l'esprit de Gerardo, continuer à multiplier le message. Je reste optimiste.

Propos recueillis par Marie-Dominique Bertuccioli