Pérou, Instabilité perpétuelle
Par Roberto Morejón
José Jerí, Président par intérim du Pérou. La destitution du président non élu José Jerí, quelques mois seulement après son entrée en fonction, confirme une dure réalité au Pérou : aucun dirigeant n’est certain de la durée de son mandat.
Le Congrès péruvien a destitué le président par intérim à la suite d’une procédure de destitution et d’un vote de défiance, en raison d’irrégularités présumées et de rencontres inexpliquées avec des hommes d’affaires.
Le président faisait également l’objet d’enquêtes préliminaires ouvertes par le parquet pour des soupçons de trafic d’influence.
Autrement dit, l’homme politique destitué est soupçonné d’abus de pouvoir et de favoritisme.
Les réunions, reconnues par l’accusé malgré ses protestations d’innocence, ont entraîné sa démission brutale après à peine quatre mois au pouvoir, et moins de deux mois avant les élections générales prévues le 12 avril.
Avec le départ tumultueux du chef d’État par intérim, le Pérou compte désormais huit présidents différents en près d’une décennie, ce qui le place parmi les pays les plus instables politiquement d’Amérique latine.
L’accession de Jerí à la présidence illustre parfaitement cette instabilité politique persistante. Il a succédé à Dina Boluarte en octobre 2025, accusée de ne pas avoir su endiguer l’insécurité dans le pays et souffrant d’une forte impopularité.
Bien entendu, la chute de Jerí est indissociable des manœuvres politiques des groupes de droite à huit semaines des élections générales, dans le cadre de leurs efforts pour obtenir la majorité au prochain Congrès.
Ce n’est pas un hasard si Fuerza Popular, le parti Fujimori dirigé par Keiko Fujimori, s’est abstenu de censurer le président par intérim, bien qu’il n’ait pu empêcher les autres blocs politiques de le faire.
L’ambassadeur américain Bernie Navarro a également tenté d’offrir une protection complaisante à Jerí, peut-être pour le remercier de son alignement sur la politique de l’administration Trump.
Les médias de droite censurent les informations concernant l’éventuelle installation de bases militaires secrètes, comme celle prévue par Washington dans le port de Callao.
Pendant ce temps, l’effondrement politique au Pérou se poursuit, marqué par une succession de présidents poursuivis en justice, contraints à la démission ou faisant l’objet d’enquêtes.
Presque tous les anciens présidents péruviens encore en vie ont été visés par une enquête criminelle, signe du net déclin de la popularité des hommes politiques traditionnels.
