Par Pedro Manuel Otero
Le blocus des carburants imposé par le président Donald Trump à Cuba a suscité un vaste débat juridique et politique au sein de la communauté internationale, notamment quant à sa qualification de génocide.
Divers acteurs, dont des organisations solidaires et des entités liées au système des Nations Unies, ont qualifié cette politique de « génocide » ou de « génocide économique », soulignant ses effets dévastateurs sur le quotidien de la population.
De ce point de vue, la perturbation délibérée des approvisionnements en carburant affecte directement les transports, la production d’électricité, le fonctionnement des hôpitaux, des écoles et des services essentiels, plongeant de larges pans de la population cubaine dans une situation d’extrême vulnérabilité.
Selon cette perspective, il ne s’agit pas simplement d’une mesure de pression diplomatique, mais d’une stratégie visant à soumettre la société par la faim, la maladie, l’effondrement des services publics et le désespoir social.
Parmi ceux qui soutiennent la définition du génocide figurent des organisations telles que l’Association cubaine des Nations Unies (ACNU), qui a déclaré que l’intensification du blocus, et en particulier du blocus pétrolier, « correspond pleinement » à la définition du génocide figurant dans la Convention de 1948.
L’intention est manifeste dans la conception même des mesures, visant à infliger le maximum de dommages possibles à la population civile afin de contraindre à un changement politique interne.
De même, les mouvements et plateformes de solidarité internationale avec Cuba qualifient le maintien du blocus de « génocide honteux », dénonçant le fait qu’un pays entier soit sanctionné pour avoir exercé sa souveraineté et son libre choix politique.
L’idée centrale de ces dénonciations est que lorsqu’un peuple est délibérément privé des moyens essentiels à sa survie, une limite éthique et juridique est franchie, justifiant le recours au concept de génocide, au moins sur le plan politique et moral.
D’un point de vue strictement juridique international, la situation est plus complexe. En effet, pour qu’une politique d’État soit formellement reconnue comme génocide, conformément à la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, il ne suffit pas qu’elle cause de graves souffrances, voire de nombreux décès ; il est nécessaire de démontrer l’intention spécifique de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux.
Cette intention est généralement établie par des tribunaux internationaux ou par des décisions formelles d’organes compétents, sur la base de preuves documentaires, de déclarations officielles ou d’autres éléments démontrant sans équivoque cette finalité de destruction.
Dans le cas du blocus énergétique imposé à Cuba, de nombreux juristes soulignent que ses effets matériels s’apparentent à des pratiques génocidaires. À ce jour, aucune résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies, du Conseil de sécurité ou aucun arrêt d’une juridiction internationale ne le qualifie juridiquement de génocide.
Il est important de distinguer l’usage politique et moral du terme « génocide » de son usage technique en droit international.
Dans le discours politique, ce concept sert à dénoncer l’extrême gravité d’une situation et à mobiliser l’opinion publique contre des politiques jugées inhumaines.
Ainsi, lorsque les acteurs cubains et internationaux qualifient le blocus de génocidaire, ils cherchent à souligner qu’il constitue une violation grave du droit international, des droits humains et des principes les plus fondamentaux d’humanité, et exigent la levée immédiate des sanctions.
Sur le plan juridique, la qualification de génocide entraîne des conséquences spécifiques, telles que la responsabilité pénale internationale des dirigeants impliqués, et requiert un niveau de preuve très élevé qui, à ce jour, n’a pas été établi par une décision institutionnelle.
