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Cuba, 20 mai 1902 : Naissance de la République ou néocolonie yankee 

par Reynaldo Henquen
Cuba, 20 de mayo

Par Pedro Manuel Otero

Le 20 mai 1902 occupe une place décisive dans l’histoire cubaine, car ce jour-là, la République fut officiellement proclamée après la fin de l’occupation militaire américaine.

Cependant, cet événement ne peut être interprété uniquement comme la naissance d’une république souveraine et pleinement indépendante, car dès ses débuts, Cuba fut marquée par l’influence et le contrôle des États-Unis.

Le soi-disant amendement Platt, imposé comme condition à la création du nouvel État cubain, limita considérablement la souveraineté nationale et ouvrit la porte à de futures interventions américaines.

C’est pourquoi de nombreux historiens et essayistes cubains considèrent que le 20 mai 1902 ne marqua pas une véritable indépendance, mais plutôt le début d’une ère néocoloniale.

Bien que Cuba ait cessé d’être une colonie espagnole, elle se retrouva soumise aux intérêts politiques, économiques et stratégiques des États-Unis.

La jeune république disposait de ses propres institutions et d’un président cubain, mais son pouvoir de décision était limité par des pressions extérieures et des accords qui répondaient davantage aux intérêts de Washington qu’à ceux de la nation cubaine.

En ce sens, le 20 mai représente une date controversée : pour certains, la naissance de la République ; pour d’autres, l’établissement d’une république de façade ou d’une néocolonie américaine.

Ce qui est certain, c’est que cet événement a marqué le début d’une longue lutte pour la véritable souveraineté cubaine, qui allait se poursuivre pendant des décennies jusqu’à la rupture définitive avec cet ordre dépendant.

L’historien cubain Eusebio Leal a offert une perspective profonde et nuancée sur la signification du 20 mai 1902 dans l’histoire cubaine.

Pour lui, cette journée ne doit pas être effacée ni réduite à une simple célébration ou condamnation, car elle représente la naissance de la République cubaine, même si, comme mentionné précédemment, une République limitée par l’intervention américaine et l’amendement Platt.

Leal soutenait qu’il s’agissait d’une véritable République, mais d’une République médiatisée, née « mutilée » du point de vue de la souveraineté nationale.

Dans son analyse, il insistait sur le fait que la Révolution cubaine ne pouvait être comprise sans l’étude de la République qui l’avait précédée.

Selon lui, l’histoire cubaine est un processus continu qui débute avec la lutte pour l’indépendance de 1868, se poursuit à travers les guerres du XIXe siècle et culmine avec le triomphe révolutionnaire de 1959.

Par conséquent, il affirmait que nier l’ère républicaine serait une erreur, car c’est durant cette période que se sont forgés les idéaux patriotiques, les mouvements ouvriers et les mouvements intellectuels et culturels, enrichissant ainsi la nation cubaine.

Il soulignait également que la République n’était pas un désert de vertus, mais une période complexe, avec ses forces et ses faiblesses.

Cette période a vu émerger des figures politiques, syndicales et culturelles de grande valeur, telles que Juan Gualberto Gómez, Enrique José Varona, Rubén Martínez Villena, Raúl Roa et Fernando Ortiz, parmi tant d’autres.

De plus, il estimait que la culture cubaine, l’esprit critique et le sentiment anti-impérialiste s’étaient fortement développés durant cette période, et que nombre des fondements de la nation moderne s’étaient alors consolidés.

En bref, pour Eusebio Leal, le 20 mai ne devait pas être considéré comme une date à effacer, mais plutôt comme une date à comprendre.

Son message essentiel était clair : on ne peut aimer ni interpréter l’histoire actuelle sans connaître et valoriser le passé.

 

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