Lorsque j’ai appris qu’un tribunal américain entendait juger le général Raúl Castro Ruz, j’ai d’abord ressenti de l’incrédulité, puis de l’indignation, et enfin une profonde consternation face à la dégradation du droit international. Ce n’est pas la première fois que l’empire du Nord instrumentalise la justice à des fins politiques, mais cette accusation dépasse l’entendement.
Quel est cet ordre international où un pays s’érige en juge et bourreau des actes souverains d’une autre nation ?
Le procès des Cinq Cubains a duré près de sept mois et a examiné en détail l’incident impliquant les avions de l’organisation terroriste « Frères au secours ». Mes frères René et Gerardo l’ont déjà parfaitement décrit.
Tout ce temps passé devant les tribunaux et dans cette bataille juridique nous a permis de mieux comprendre la jurisprudence américaine, et je peux affirmer sans crainte de me tromper que ce procès est juridiquement absurde.
Les États-Unis n’ont aucune juridiction sur un acte commis dans l’espace aérien cubain par les forces cubaines. Cubains, pour la défense de la souveraineté cubaine. C’est comme si un voisin voulait me juger pour ce que je fais chez moi. L’article 2 de la Charte des Nations Unies est clair : souveraineté et égalité des États. Mais pour Washington, la souveraineté n’est valable que lorsqu’elle les arrange.
Je me souviens bien du contexte de 1996. Nous avons vu comment les avions de l’opération « Frères à la rescousse » survolaient La Havane en toute impunité, larguant de la propagande et violant notre espace aérien. Vingt-cinq violations graves ont été documentées, seize notes diplomatiques ignorées.
Les avions de l’opération « Frères à la rescousse » ont survolé La Havane.
Qu’auraient fait les États-Unis si un avion étranger avait survolé le Pentagone ? Nous connaissons tous la réponse : ils l’auraient abattu, pulvérisé en plein vol sans hésiter. Mais quand Cuba se défend, elle est accusée. C’est de l’hypocrisie, et la jurisprudence internationale la condamne.
L’affaire Congo contre Belgique de 2002 n’est pas un exemple. Une opinion n’est pas une décision contraignante. La Cour internationale de Justice a statué que les anciens chefs d’État conservent l’immunité pour leurs actes officiels. Raúl Castro, en 1996, était ministre des Forces armées révolutionnaires (FAR). Il agissait dans le cadre de ses fonctions. Le juger est absurde. Un tribunal de La Havane a-t-il compétence sur Washington ? Bien sûr que non. Et pourtant, ils s’en croient le droit.
Je n’ai aucun doute : cette action en justice est purement politique. C’est un mensonge de plus pour justifier une possible invasion de notre patrie. Les terroristes de l’extrême droite cubano-américaine ne veulent ni accords ni solutions diplomatiques ; ils veulent massacrer un peuple entier pour la seule raison de préserver leur dignité.
Ce n’est pas la justice, c’est la vengeance. Ce n’est pas le droit, c’est un coup d’État judiciaire.
Et ne nous leurrons pas : la cible n’est pas seulement notre général Raúl Castro, le leader historique de la Révolution cubaine. L’objectif est d’humilier Cuba, de justifier de futures agressions et d’envoyer un message à tous les pays du Sud.
Mais il y a une chose que Washington ne comprend pas : nous, Cubains, savons vivre sous le joug. Nous avons appris à reconnaître les farces judiciaires, de l’affaire Posada Carriles – ce terroriste avoué qu’ils ont protégé à Miami – jusqu’à aujourd’hui. Où est la justice américaine pour les victimes du vol 455 de Cubana de Aviación, abattu en plein vol par des terroristes entraînés par la CIA ? Cette question restera sans réponse.
Nous savons que ce tribunal de Washington peut continuer sa farce judiciaire. Mais je sais aussi que l’histoire n’oublie rien et que, dans cinquante ans, quand l’empire ne sera plus qu’un souvenir, les étudiants en droit liront cette affaire comme un exemple classique d’abus d’extraterritorialité et de la façon dont le pouvoir politique corrompt la justice.
Le général Raúl Castro Ruz n’a besoin d’aucun tribunal étranger pour le défendre. Sa défense, c’est son peuple, sa défense, c’est la dignité d’avoir résisté, sa défense, c’est soixante-cinq ans de Révolution. Tant qu’il y aura à Cuba un seul homme et une seule femme prêts à défendre sa souveraineté, toutes les exigences, tous les blocus et toutes les calomnies de l’empire resteront vains.
La justice ne saurait masquer le pouvoir.
À l’instar de Fidel, Raúl a lui aussi été absous par l’histoire.
Ramón Labañino Salazar.
Héros de la République de Cuba.
25 mai 2026.
