L’Amérique latine comme butin : le retour démasqué de l’impérialisme américain
Par Nicolas Schamne
Les États-Unis ne dissimulent plus leurs intentions : l’Amérique latine est de nouveau perçue comme un territoire à administrer, et non comme une région de dialogue.
Telle est la thèse centrale de la nouvelle architecture stratégique promue par Donald Trump, une doctrine qui n’innove pas, mais se contente de moderniser les anciennes hiérarchies impériales au moyen d’un langage du XXIe siècle.
Le document (Donroe : Le corollaire Trump à la doctrine Monroe), présenté par Washington en décembre 2025 et qui guide cette étape, ne parle pas de coopération, mais de contrôle ; il n’invoque pas d’alliances, mais d’obéissance. L’Amérique latine y apparaît comme un espace « naturel » d’influence exclusive, une sorte d’arrière-cour réévaluée dans un monde où les États-Unis ne peuvent plus régner seuls, mais refusent également de céder leur pouvoir.
La métaphore est claire : un empire en repli qui étend son emprise pour ne pas perdre de terrain. Trump ne propose pas une hégémonie mondiale étendue, mais plutôt une hégémonie sélective et brutalement territorialisée. Face à la montée en puissance de la Chine et à la persistance de la Russie, Washington redéfinit ses priorités et concentre ses forces là où il a historiquement cru exercer une influence prépondérante : l’Amérique latine.
Le premier axe est militaire. La présence croissante de troupes, les exercices conjoints et les bases « temporaires » constituent une occupation de faible intensité, légalisée par des gouvernements locaux complaisants. L’Argentine, l’Équateur, le Pérou et les Caraïbes ne sont pas des exceptions, mais plutôt des laboratoires. Une doctrine y est testée, dans laquelle la souveraineté est bafouée par décret et la défense nationale externalisée sous prétexte de « sécurité ».
Le second axe est politique. La rhétorique de la lutte contre le trafic de drogue et le terrorisme sert de prétexte discursif, et non d’objectif réel. Le véritable ennemi est tout projet autonome qui tente de diversifier ses liens, de protéger ses ressources stratégiques ou de remettre en question l’ordre établi. L’avertissement est clair : quiconque ne se soumet pas sera considéré comme une menace.
Le troisième axe est économique et culturel. Trump rejette la mondialisation, mais pas la domination. Il rejette le libre-échange lorsqu’il ne profite pas à son industrie, mais exige une ouverture totale en matière de ressources étrangères. C’est un nationalisme impérial : protectionniste à l’intérieur, extractiviste à l’extérieur.
D’où émerge un paradoxe que le péronisme connaît bien : un pouvoir exercé sans légitimité a besoin de force ; un pouvoir sans avenir a besoin de rapidité. Les États-Unis accélèrent car ils savent que le temps joue contre eux. C’est pourquoi ils imposent, font pression et menacent. Ils ne convainquent pas.
La question cruciale n’est pas ce que veut Trump, mais ce que feront les peuples d’Amérique latine. L’histoire de la région n’est pas celle d’une soumission passive, mais celle d’une résistance cyclique. Toute tentative de la discipliner s’est, tôt ou tard, heurtée à une réaction populaire, politique ou culturelle.
L’avenir est incertain. Mais une chose est sûre : si l’Amérique latine accepte d’être un butin de guerre, elle le sera. Si elle choisit de se considérer comme un sujet historique, elle remettra de nouveau en question le pouvoir. Et cela – hier comme aujourd’hui – demeure le plus grand péché impardonnable pour tout empire en déclin.
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