Accueil RésumésContexte et évaluations nécessaires concernant la coopération bilatérale officielle entre Cuba et les États-Unis en matière de maintien de l’ordre.

Contexte et évaluations nécessaires concernant la coopération bilatérale officielle entre Cuba et les États-Unis en matière de maintien de l’ordre.

par Reynaldo Henquen

Du 16 au 18 décembre 2025 s’est tenue à La Havane, à Cuba, la 23e édition des Dialogues sur Cuba dans le cadre de la politique étrangère américaine. Cet événement réunit chaque année des experts américains, cubains et internationaux. La rencontre est organisée par le Centre de recherche sur les politiques internationales (CIPI), qui relève du ministère cubain des Affaires étrangères et est chargé de diffuser les résultats. Des informations sur cette édition et les précédentes sont disponibles sur www.cipi.cu.

Parmi les divers sujets abordés lors des huit panels, l’information fournie par des spécialistes cubains du ministère de l’Intérieur, intitulée « Principaux résultats et obstacles du dialogue Cuba-États-Unis sur le maintien de l’ordre », se distingue. C’est la deuxième fois qu’un résumé détaillé de ces aspects est présenté. Lors de la première édition en 2024, la plupart des experts américains présents s’étaient dits étonnés par la richesse des informations « qu’on ne trouvait pratiquement nulle part ailleurs ».

À cette occasion, les détails méritent une attention particulière, car, dans la gestion de ses relations, ou de leur absence, avec divers pays d’Amérique latine, l’administration américaine actuelle cherche à ignorer d’importants précédents historiques et à les remplacer par des déclarations laconiques et non étayées. Ces déclarations construisent un récit des événements qui sert ses propres intérêts, mais qui est totalement déconnecté de la réalité historique.

Dans le cas de Cuba, il est crucial que, chaque fois que des arguments sont avancés pour saper les liens établis au fil des ans, les faits et les données qui, de par leur poids et leur importance intrinsèques, ne souffrent d’aucune interprétation diverse ou contradictoire, soient réaffirmés.

Lors de la table ronde susmentionnée, les spécialistes ont commencé leurs présentations en citant les instruments juridiques qui ont formalisé le dialogue et la coopération bilatéraux dans les domaines d’intérêt commun. Il s’agit des accords suivants :

Protocole de communication navire-navire signé en avril 2015

Mémorandum d’entente entre le ministère de l’Intérieur et le département de la Sécurité intérieure (mai 2016)

– Accord de coopération opérationnelle Cuba-États-Unis pour lutter contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes (21 juin 2016)

– Accord de coopération entre Cuba et les États-Unis relatif à la préparation et à la réponse aux pollutions causées par des déversements d’hydrocarbures et d’autres substances nocives et potentiellement dangereuses dans le golfe du Mexique et le détroit de Floride (9 janvier 2017)

-Accord sur les migrations : « Déclaration conjointe » pour la normalisation des relations migratoires entre Cuba et les États-Unis (janvier 2017)

-Accord entre les gouvernements de Cuba et des États-Unis relatif à la recherche et au sauvetage aériens et maritimes (janvier 2017)

– Mémorandum d’entente relatif à la coopération en matière de répression et de conformité (16 janvier 2017)

Ce document établit la création et le fonctionnement de huit groupes de travail techniques axés sur les domaines suivants : lutte contre le terrorisme, lutte contre le trafic illicite de stupéfiants, lutte contre le trafic de migrants et la fraude à l’immigration, lutte contre le blanchiment d’argent et autres infractions financières, entraide judiciaire en matière pénale, sécurité commerciale et protection des personnes, lutte contre la traite des êtres humains, cybersécurité et lutte contre la cybercriminalité.

Afin d’analyser le respect de ces accords, les réunions suivantes ont eu lieu :

1re – 9 novembre 2015, à Washington

2e – 17 mai 2016, à La Havane

3e – 15 septembre 2017, à Washington

4e – 10 juillet 2018, à Washington

5e – 18 janvier 2023, à La Havane

6e – 7 février 2024, à Washington

Comme on peut le constater, ces réunions se sont tenues sous l’administration de Barack Obama, durant le premier mandat de Donald Trump et sous celle de Joe Biden, alternativement dans les deux capitales.

Les États-Unis étaient représentés à ces réunions par des fonctionnaires des départements d’État, de la Sécurité intérieure, de la Justice et des garde-côtes. Du côté cubain, étaient présents des représentants des ministères des Affaires étrangères, de l’Intérieur, de la Justice, des Transports, des Douanes et du Procureur général.

Conformément à la répartition thématique de chacun des groupes créés en vertu du Mémorandum général sur l’application de la loi et la conformité, les réunions suivantes ont eu lieu :

, 11 réunions entre les représentants des troupes de la Garde-frontière et du Service des garde-côtes (la dernière s’est tenue les 11 et 12 septembre 2024).

. 8 réunions sur la lutte contre la traite des êtres humains et la fraude à l’immigration (la dernière s’est tenue le 17 avril 2024).

. 5 réunions sur la cybersécurité et la lutte contre la cybercriminalité (la dernière s’est tenue le 12 janvier 2018).

. 4 réunions sur la lutte contre le terrorisme (la dernière s’est tenue les 27 et 28 avril 2023).

. 3 réunions sur la lutte contre le trafic de stupéfiants (la dernière, en visioconférence, s’est tenue le 19 juillet 2023).

. 2 réunions sur la lutte contre le blanchiment d’argent et autres infractions financières (la dernière s’est tenue le 12 février 2018).

Concernant l’assistance juridique en matière pénale (dernière mise à jour : janvier 2018).

1. Lutte contre la traite des êtres humains (14 février 2018).

. L’examen des dates montre qu’elles ont été réparties chronologiquement au cours des trois derniers mandats présidentiels américains avant 2025.

. Concernant plus précisément les échanges entre les troupes de la Garde frontalière (BGT) et le Service des garde-côtes (CGS) :

Le canal de communication direct BGT-CGS (7e district), établi en 1984, est maintenu par l’intermédiaire de l’agent de liaison du CGS à l’ambassade des États-Unis à Cuba.

. Du 7 décembre 2000 à décembre 2024, 13 agents de liaison du CGS étaient en poste à La Havane.

. Onze (11) réunions techniques TGF-SGC ont été organisées, portant sur des sujets tels que la lutte contre le trafic international de stupéfiants et l’immigration clandestine par voie maritime, la coordination des opérations de recherche et de sauvetage en mer, les échanges sur la sécurité portuaire et la coordination des interventions en cas de déversements d’hydrocarbures dans le détroit de Floride. Une communication en temps réel et au cas par cas est établie entre les centres opérationnels du TGF et le 7e district du SGC.

. Au cours des onze dernières années, les autorités américaines ont été alertées de plus de 500 opérations de trafic de drogue sur leur territoire, et ont reçu des informations précises et opportunes sur la localisation, les caractéristiques et les itinéraires possibles des moyens navals.

.-Des visites réciproques des installations portuaires ont été effectuées, les échanges sur la sécurité portuaire se poursuivent et l’intérêt mutuel pour le développement de la coopération a été réaffirmé. La signature par les États-Unis des « Procédures opérationnelles d’échange d’informations TGF-SGC » est toujours en cours.

Concernant le trafic de migrants et la fraude à l’immigration, la Direction cubaine de l’identification, de l’immigration et des affaires étrangères a constaté ce qui suit :

. La présence de réseaux de traite des êtres humains fournissant de faux documents à des Cubains demeure préoccupante.

. On observe une augmentation du nombre d’étrangers détectés impliqués dans la traite des êtres humains, sous ses diverses formes. Les cas impliquant des mineurs sans surveillance parentale sont en hausse. Des faux documents sont détectés chez des étrangers tentant de contourner les contrôles frontaliers pour entrer irrégulièrement aux États-Unis.

. Des cas plus complexes ont été détectés, impliquant des étrangers extracontinentaux commettant des usurpations d’identité. Ces cas se caractérisent par l’utilisation de documents authentiques comportant des informations personnelles différentes de celles du titulaire.

. La surveillance se poursuit concernant les tentatives d’étrangers de quitter illégalement le pays par voie maritime pour rejoindre les États-Unis. Afin de garantir une migration régulière, ordonnée et sûre, les autorités cubaines mènent des opérations de contrôle à la frontière aérienne à l’encontre des étrangers présentant des signes d’implication dans un possible trafic d’êtres humains. Ces personnes sont interpellées et renvoyées dans leur pays d’origine par le même vol. En 2025, 345 cas de ce type ont été enregistrés.

. Concernant la migration irrégulière, 74 signalements ont été transmis en 2025 au point de contact du Département de la Sécurité intérieure des États-Unis. Ces signalements concernaient 91 incidents impliquant un total de 258 personnes de 43 nationalités différentes, sans qu’aucune réponse n’ait été reçue des autorités américaines.

Dans ce domaine, la partie cubaine a identifié les principaux obstacles au développement de la coopération bilatérale :

-L’intensification du blocus économique, commercial et financier et l’inscription de Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme.

-Les contradictions de la politique d’immigration américaine concernant Cuba et sa manipulation. Le maintien en vigueur de la loi d’ajustement cubain.

-Le non-respect par les États-Unis des accords migratoires signés entre les deux pays, principalement dû au renvoi de tous les migrants en situation irrégulière arrivant aux États-Unis et à l’application de critères sélectifs à des fins politiques.

-L’insuffisance, voire l’absence, de retour d’information de la part des autorités américaines face au flux croissant d’informations fournies par les autorités cubaines.

-L’impunité dont bénéficient les trafiquants d’êtres humains opérant depuis le territoire américain, au sujet desquels Cuba a fourni de nombreuses informations.

-Le manque de coopération efficace face aux incidents graves ayant menacé la sécurité nationale des deux pays (le détournement d’un avion et d’un navire appartenant aux gardes-frontières cubains). Concernant la menace que représente la criminalité transnationale pour Cuba et les États-Unis, la partie cubaine a fait part de ses observations lors des réunions susmentionnées sur les points suivants :

-L’existence de structures criminelles composées de Cubains résidant aux États-Unis, qui organisent des opérations de trafic de drogue et de migrants, de traite d’êtres humains, de fraude financière, de blanchiment d’argent, de falsification de documents de voyage et de contrebande de marchandises.

-Les flux de voyageurs par voie aérienne et le transport de colis utilisés par les trafiquants de drogue, qui compromettent les contrôles et les mesures de sécurité déployés aux frontières des deux pays.

-Les déplacements, dans les deux sens, de personnes recherchées par la police et les autorités judiciaires, qui entravent le bon déroulement des poursuites pénales et créent un climat d’impunité pour les criminels.

-Les États-Unis sont la principale source de cannabinoïdes de synthèse pour Cuba, via des opérations organisées par voie aérienne par des Cubains résidant sur le territoire américain, qui ont été formellement identifiés. Ces informations ont été communiquées en toute transparence par le ministère cubain de l’Intérieur, par l’intermédiaire de son point de contact avec la DEA, dans le but de mener des actions conjointes pour neutraliser ces activités. Jusqu’à présent, la réponse a été le silence.

INTERPOL La Havane a communiqué des informations concernant 59 Cubains et 2 étrangers (23 faisant l’objet d’une notice rouge et 38 d’une notice verte) pour des infractions liées aux stupéfiants.

Concernant le blanchiment d’argent et autres crimes financiers :

-Les autorités cubaines ont établi l’implication d’émigrants ou de personnes réinstallées à Cuba dans des enquêtes portant sur l’investissement de fonds illicites provenant des États-Unis, suite à leur participation à la fraude à l’assurance-maladie Medicare. Ces fonds ont transité par des entités non étatiques et ont servi à acquérir des biens mobiliers et immobiliers. Le clonage de cartes de crédit américaines est également un facteur.

-Des ressortissants cubains recherchés par INTERPOL ou par l’État cubain sont recherchés pour avoir cherché refuge et tenté de se soustraire à la justice. Neuf d’entre eux ont été poursuivis pénalement, malgré l’absence de communication des informations demandées à leurs homologues américains.

Concernant l’entraide judiciaire en matière pénale :

Depuis la signature du Mémorandum d’entente sur la coopération policière et le respect des lois en 2017 entre Cuba et les États-Unis, les autorités cubaines, fidèles à leur tradition, ont toujours coopéré avec leurs homologues en fournissant des informations et des preuves dans le cadre d’enquêtes menées par les agences américaines sur des activités criminelles de toutes sortes.

En revanche, les autorités américaines ont généralement fait preuve d’une grande inaction. Si elles ont parfois fourni des informations, celles-ci se sont avérées insuffisantes et inefficaces, notamment lorsqu’il s’agit d’événements portant atteinte à la sécurité et à la stabilité des États-Unis, alors même que ces infractions sont poursuivies par la communauté internationale. Cette situation a contribué à encourager ces actes et à favoriser l’impunité.

D’un point de vue chronologique :

-Entre 2017 et 2020, des échanges techniques ont débuté, s’appuyant sur le dialogue, la coopération spécifique et les réunions antérieures avec d’autres agences, malgré la politique de pression maximale menée par Trump lors de son premier mandat.

-Entre 2021 et 2022, les États-Unis ont entravé ces contacts, ce qui a contribué à la croissance des activités criminelles d’intérêt commun.

-Entre 2023 et 2024, certains contacts spécifiques ont été maintenus, mais sans progrès en matière de coopération. Un mémorandum d’entente relatif à la coopération pénale entre le bureau du procureur général de Cuba et le département de la Justice des États-Unis a été proposé. Aucune réponse n’a été reçue à ce jour.

-En 2025, la nouvelle administration Trump a suspendu ces contacts inter-agences.

-Entre 2016 et 2024, la partie cubaine a soumis des informations et en a demandé sur 50 points d’intérêt concernant des faits et des personnes. Des réponses ont été reçues concernant seulement sept personnes soupçonnées d’avoir commis des crimes à Cuba ou aux États-Unis (quatre homicides, deux cas de traite d’êtres humains et un vol de documents historiques).

-Depuis les premiers contacts établis dans le cadre de ce mécanisme, les agences américaines ont été régulièrement informées d’un nombre important d’auteurs d’actes de terrorisme, de trafic de drogue et de migrants, d’homicides et d’autres crimes commis à Cuba et aux États-Unis. Dans la plupart des cas, nous n’avons reçu aucune réponse ou les réponses obtenues ont été inefficaces.

-La plupart des demandes restées sans réponse concernaient des actes terroristes commis contre les intérêts nationaux, à l’intérieur comme à l’extérieur de Cuba. La Liste nationale cubaine du terrorisme contient des informations sur 62 individus et 20 organisations qui orchestrent ces activités depuis les États-Unis.

-La mise en œuvre du Mémorandum d’entente sur la coopération policière démontre qu’il est possible de maintenir et de renforcer la coopération opérationnelle dans la lutte contre la criminalité.

-En matière de droit pénal, des exemples récents montrent comment cette coopération peut contribuer à la sécurité et à la protection de nos citoyens, à l’administration de la justice et, ensemble, favoriser une lutte plus efficace contre les fléaux qui menacent nos deux sociétés et le monde en général.

-Les services de police américains eux-mêmes ont reconnu l’utilité de ce mécanisme. Si davantage de progrès n’ont pas été réalisés, c’est en raison d’un manque de volonté politique de la part des décideurs à Washington. Les autorités cubaines ont réaffirmé leur engagement à poursuivre leur coopération dans les enquêtes criminelles d’intérêt commun.

Ce qui précède n’est qu’un bref résumé des informations communiquées par les spécialistes cubains lors de la réunion susmentionnée. Ces informations devraient compléter celles présentées lors de la précédente réunion de 2024, résumée dans l’article : « Coopération entre Cuba et les États-Unis en matière d’application et de respect du droit : évolution, résultats et limites », publié à l’adresse suivante : http://www.cubadebate.cu/especiales/2025/02/19/cooperacion-entre-cuba-y-estados-unidos-en-aplicacion-y-cumplimiento-de-la-ley-evolucion-resultados-y-limitaciones/. Les tenants actuels de la prétendue « post-vérité » aux États-Unis, qui ressassent des arguments sans fondement réel par le biais d’une presse corporative passive, qui manipulent l’opinion publique pour isoler des pays, qui inondent les réseaux sociaux de frayeurs plutôt que de connaissances, et qui, par crainte du pouvoir, se consacrent à servir des intérêts personnels leur permettant de se maintenir au pouvoir, devraient prendre le temps de répondre à la réalité que Cuba exprime à nouveau et d’analyser qui sont les véritables bénéficiaires de la coopération bilatérale. est concerné. Les sujets abordés dans ce texte.

 

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