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Salim Lamrani: pourquoi le peuple cubain résiste?

par Reynaldo Henquen

Cinq points clés concernant le blocus américain de Cuba

• Qu’a signé le président Kennedy ?

Le 3 février 1962, le président démocrate John F. Kennedy signait le décret 3447, instaurant le blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis à Cuba. Cette décision, conçue pour entraver le fonctionnement de l’économie cubaine et saper le soutien populaire à la Révolution, s’inspirait de la loi de 1917 sur le commerce avec l’ennemi, initialement adoptée dans le contexte de la Première Guerre mondiale contre l’Empire allemand et ses alliés. Depuis lors, la stratégie d’encerclement et d’asphyxie économique est devenue un élément central de la politique américaine à l’égard de Cuba, avec pour objectif de limiter le droit du peuple cubain à exercer sa souveraineté et à construire un projet indépendant, affranchi de toute subordination impériale.

Bien que le blocus total ait été officiellement mis en œuvre à cette date, des mesures restrictives visant à affecter des secteurs stratégiques de l’économie et la défense du pays étaient déjà en place depuis le triomphe de la Révolution cubaine. Les objectifs fondamentaux de cette politique ont été clairement énoncés dans le mémorandum du sous-secrétaire d’État Lester D. Mallory, daté du 6 avril 1960. Ce mémorandum soulignait la nécessité de susciter le mécontentement et le désespoir en détériorant la situation économique, en privant Cuba de ressources et d’approvisionnements afin de provoquer une crise sociale susceptible d’entraîner le renversement du gouvernement. Ces objectifs, dans leur essence, sont restés en vigueur au fil du temps.

• Pourquoi parle-t-on de blocus et non d’embargo ?

Les mesures appliquées par le gouvernement américain contre Cuba ne correspondent pas strictement à la définition d’un « embargo ». Juridiquement, ce terme désigne généralement une mesure de précaution visant à saisir des avoirs afin de garantir le respect d’obligations légitimes, généralement autorisée par une autorité compétente. Or, Cuba n’est redevable d’aucune somme envers les États-Unis et n’a commis aucun acte qui justifierait, au regard du droit international, la confiscation ou la liquidation de ses avoirs. Par conséquent, invoquer de prétendus arguments de « légitime défense » est incompatible avec les normes internationales.

Bien que le gouvernement des États-Unis insiste sur l’emploi du terme « embargo », l’ensemble des sanctions et restrictions imposées à Cuba constitue, dans les faits, un blocus économique, commercial et financier. Ces mesures visent à isoler et à asphyxier économiquement le pays, dans le but d’affaiblir sa population et de la contraindre à renoncer à sa souveraineté et à son indépendance. Tout cela constitue précisément les éléments cardinaux du concept de « blocus », entendu comme l’acte d’isoler un État et de couper toute communication avec lui afin de le forcer à capituler par la coercition ou la privation. Son ampleur et sa sévérité reflètent des mesures caractéristiques d’une guerre non déclarée contre le peuple cubain. De plus, le blocus comporte une composante extraterritoriale large et intégrée, ce qui signifie qu’il ne s’agit pas simplement d’une interdiction du commerce et des investissements entre Cuba et les États-Unis. Il s’agit d’une véritable guerre économique qui inclut des obstacles, des interdictions et des mesures coercitives visant à empêcher les pays tiers de commercer avec Cuba.

• Le blocus est-il toujours en vigueur aujourd’hui ?

Le blocus imposé par les États-Unis demeure en vigueur et s’est transformé en l’une des formes de guerre économique les plus longues et les plus complexes jamais menées contre un État souverain. De nature essentiellement extraterritoriale, en violation du droit international, il vise, par la pression, le chantage et les sanctions, à isoler Cuba et à punir ceux qui établissent des liens économiques, commerciaux ou financiers avec le pays. L’objectif constant est de priver l’île des revenus nécessaires, de détériorer les conditions de vie de sa population, de provoquer des pénuries de nourriture, de médicaments et d’autres biens essentiels, et de créer des difficultés structurelles à son développement économique. Entre mars 2024 et février 2025, on estime que les dommages matériels causés à Cuba s’élèvent à environ 7,5561 milliards de dollars, soit une augmentation de près de 50 % par rapport à la période précédente.

Pour justifier ces mesures, les autorités américaines ont propagé un discours visant à minimiser, voire à nier, les effets du blocus, le présentant comme une restriction mineure sans impact significatif sur l’économie cubaine. Or, les données empiriques et les chiffres disponibles contredisent cette position, révélant des conséquences profondes et persistantes sur le tissu productif et social de l’île. De plus, ces derniers mois, la politique américaine a adopté une approche plus ouvertement coercitive. Le décret présidentiel annoncé le 29 janvier illustre cette tendance, déclarant publiquement l’intention de priver Cuba de tout approvisionnement en carburant, aggravant ainsi les mécanismes d’étranglement économique mis en place par les administrations précédentes.

• Que dit la communauté internationale ?

L’administration américaine persiste à ignorer l’appel quasi unanime de la communauté internationale à mettre fin à cette politique illégale et inhumaine à l’encontre de Cuba. Cette demande a été réitérée dans les 33 résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies intitulées « Nécessité de mettre fin à l’embargo économique, commercial et financier imposé par les États-Unis d’Amérique à Cuba », adoptées à une très large majorité depuis 1992.

Les voix se sont multipliées, se joignant au peuple cubain pour exiger la levée immédiate de cette politique. Entre mars 2024 et février 2025, plus de 2 000 événements internationaux et 1 703 déclarations ont condamné l’embargo et l’inscription arbitraire de Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme. Même au sein de la société américaine, les appels à la fin de ces mesures se sont multipliés, avec des initiatives émanant de membres du Congrès, d’universitaires, de milieux économiques et religieux, et de mouvements de solidarité.

• Quelle est la position de Cuba ?

Malgré la politique hostile et persistante menée par les États-Unis, Cuba maintient une position ferme en défense de la construction du socialisme. L’État cubain a toujours dénoncé avec constance et fermeté le blocus et a exigé sa levée inconditionnelle, le considérant comme une mesure inhumaine incompatible avec les principes du droit international.

À maintes reprises, Cuba a exprimé sa volonté d’établir une relation civilisée et respectueuse avec le gouvernement américain par le biais d’un dialogue sérieux et responsable, fondé sur le droit international, l’égalité souveraine, le respect mutuel et les avantages réciproques, sans ingérence dans les affaires intérieures et dans le respect absolu de l’indépendance et de la souveraineté des États. Notre pays ne représente aucune menace pour la sécurité nationale des États-Unis ni pour le bien-être de ses citoyens, qui ont toujours été accueillis avec respect et hospitalité lors de leurs visites sur l’île.

Dans ce contexte, nous invoquons l’héritage du Commandant en chef Fidel Castro et rappelons ses paroles prononcées dans l’Aula Magna de l’Université centrale du Venezuela : « Le gouvernement des États-Unis nous a donné l’occasion de lutter pleinement en nous bloquant, en nous harcelant constamment et en nous excluant de tout. Nous sommes même heureux d’être exclus en échange de la liberté de nous exprimer sans compromis dans toutes les instances du monde où il y a tant de causes justes à défendre.»

(Cubaminrex)

SOURCE MINREX

 

 

Pourquoi le peuple cubain a résisté et continue à résister?

Vous trouverez la réponse que nous donne dans la vidéo ci-dessous Salim Lamrani,  enseignant-chercheur, historien et essayiste français auteur de livres traduits dans plusieurs langues. Il est maître de conférences en civilisation hispano-américaine à l’université de La Réunion, chercheur au CRIMIC de Sorbonne Université et au GRIHAL de l’université de Versailles Saint-Quentin. Il a aussi été chargé de cours à l’université Paris Sorbonne.

Salim Lamrani écrit sur Cuba et ses relations avec les États-Unis ainsi que sur les représentations médiatiques des réalités cubaines.

 

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