Accueil ExclusivesRubio et son méchant parfait

Rubio et son méchant parfait

par Reynaldo Henquen

il est difficile de mesurer le grotesque des arguments que le système auquel de fait notre pays participe, le cas de Cuba en est une illustration à partir de laquelle il convient de mettre en doute toutes les justifications que nous avons accepté et que nous continuons à plus ou moins à adhérer au point de censurer ceux qui osent dire le contraire. Il devrait y en avoir un autre : celui de se rendre compte que ceux qui vous mentent sur ce qui se passe chez vous peuvent dire la vérité sur ce qui se passe ailleurs. (note et traduction de danielle Bleitrach)

Le secrétaire a réitéré ses habituelles erreurs de raisonnement concernant la situation sur l’île, cherchant toujours à justifier le blocus cruel, la menace d’agression et, en général, la guerre psychologique que l’administration Trump actuelle mène contre Cuba.

Francisco Delgado Rodríguez

CubaOui

L’expression « mentir est gratuit au Congrès américain » résume peut-être le mieux, selon les mots du vice-ministre cubain des Affaires étrangères, M. Cossio, ce qui s’est passé ces derniers jours dans les deux chambres du Congrès américain lors de l’intervention de M. Rubio en sa qualité de secrétaire d’État. Il convient d’ajouter que ces interventions reflétaient fidèlement sa pensée archaïque, voire dépassée et corrompue.

En effet, tous les politiciens ne sont pas capables de se surpasser en matière de trahison et d’esprit de vengeance et de confrontation. C’est le cas de M. Rubio, qui a la honte de mentir sans sourciller, et qui aspire pourtant à présider son pays, les États-Unis ; telle est la réalité politique là-bas, où l’on élit un président sans principes, un criminel, comme Trump, et où l’on aspire, à juste titre, à la même fonction pour un individu comme M. Rubio, parfait exemple de cruauté.

La dernière apparition devant ces chambres de l’ancien sénateur Rubio remonte à janvier de cette année, toujours conformément à la réglementation qui l’oblige à rendre des comptes au Congrès, et plus précisément à la commission des affaires étrangères, l’organe qui approuve les fonds nécessaires au fonctionnement de son département d’État.

Ce devait donc être un moment de critique et d’autocritique, mais cette dernière, l’autocritique, n’a jamais été assumée par le secrétaire Rubio ; la rencontre avec les législateurs est plutôt devenue une sorte de tribune où l’invité, c’est-à-dire M. Rubio, a donné des leçons sur les positions du gouvernement en matière de politique étrangère, plus précisément pour justifier les excès qu’il commet dans tous les coins obscurs du monde, paraphrasant l’ancien président alcoolique, Bush Jr.

Ainsi, M. Rubio a consacré une partie de son emploi du temps chargé à attaquer Cuba. Il est impossible de mettre en lumière quoi que ce soit de nouveau sur le sujet, car le secrétaire a réitéré ses habituelles erreurs concernant la situation sur l’île, cherchant toujours à justifier le blocus cruel, la menace d’agression et, d’une manière générale, la guerre psychologique que l’administration Trump actuelle mène contre Cuba.

Mais comme le dit l’adage, qui ne dit mot consent ; il convient donc de s’attaquer à certains mensonges de M. Rubio, tels qu’ils ont été présentés lors des auditions au Congrès. Pour commencer, au Sénat, le ministre des Affaires étrangères, proche de Trump, a de nouveau pris pour cible la GAESA, l’une des institutions qui constituent la structure économique de Cuba. Cette question a déjà été longuement expliquée ; le gouvernement cubain lui-même a publié un communiqué le jour même, le 2 juin, pour clarifier la situation.

Plus on examine la question de GAESA, plus la tactique employée par l’empire pour légitimer sa cruelle agression contre Cuba devient évidente, car il existe un aspect moins visible du problème, mais qui est peut-être le plus important dans le récit construit par Rubio.

Autrement dit, l’ennemi est supposément une entité militaire ; les méchants de ce fantasme sont les militaires cubains, souvent accusés de répression, de torture, etc., ainsi que d’« accumulation de richesses », et donc, en cas d’agression, ils seraient des « cibles militaires légitimes ». Ce ne sont pas des civils ; ce sont ceux que les Marines américains peuvent massacrer sans hésitation, comme le dictent les lois de la guerre.

En résumé, M. Rubio pense avoir trouvé le « méchant idéal » et, par là même, il entend démontrer qu’une invasion militaire de Cuba est légitime, voire logique, car, selon la vision impériale, elle éradiquerait tous les maux du communisme à Cuba. Ils parient sur le fait que l’ensemble de la classe politique américaine, y compris les sénateurs et de nombreux élus qui rejettent actuellement cette option militaire, finira par la soutenir.

De plus, il convient de souligner que chaque pays a le droit d’organiser son tissu économique comme il l’entend, en toute souveraineté, et dans l’éventualité où il serait vrai, ce qui n’est pas le cas, que certaines de ses institutions concentrent un contrôle accru, le pays le moins légitime pour critiquer cela serait précisément les États-Unis, où le pouvoir économique est hyper, super, méga monopolisé.

De plus, si GAESA est une institution militaire, d’autres questions se posent : le Pentagone rend-il publics ses audits internes ? Pire encore, le Pentagone fait-il l’objet d’audits transparents de la part d’une quelconque autorité ? M. Rubio ferait bien de se remettre en question, car la corruption endémique de la famille du président Trump, qui s’octroie des projets militaires financés par l’État fédéral, constitue déjà un précédent en matière de corruption, comme l’a justement souligné la représentante Sydney Kamlager-Dove quelques jours plus tard lors de l’audition à la Chambre des représentants, déclarant au secrétaire : « Il s’agit de l’administration la plus corrompue de l’histoire des États-Unis. »

Rubio a tenté, sans succès, d’expliquer une autre absurdité : la présence de Cuba sur la liste des pays qui tolèrent le terrorisme, ce qui, comme chacun sait, est l’une des ruses inventées par les dirigeants américains pour appliquer l’extraterritorialité de leur agression multidimensionnelle contre Cuba.

Il s’avère que l’un des moments les plus gênants et absurdes de la journée fut lorsque le sénateur Chris Van Hollen (démocrate, Maryland) souleva la question, demandant s’il existait des preuves d’une telle tolérance envers le terrorisme. La seule réponse de M. Rubio fut de faire allusion au passé – d’où l’expression « pensée dépassée » – concernant les relations de Cuba avec les organisations de guérilla, confondant terrorisme et lutte révolutionnaire.

Ce débat – à savoir la différence entre mouvements de guérilla et terrorisme – est désormais caduc. Ce qui importe, c’est que les organisations mentionnées par M. Rubio n’existent pas, comme les FARC, ou

n’ont aucun lien avec d’autres, ce que le gouvernement colombien lui-même peut confirmer. Ainsi, même d’un point de vue impérialiste, si Cuba a parrainé ou toléré le « terrorisme » par le passé, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Et cela est clair : rien ne prouve que la situation ait changé depuis que la précédente administration Biden a retiré Cuba de cette liste fallacieuse il y a environ quinze mois.

Un autre sujet préoccupant pour M. Rubio était la situation liée à la guerre en Iran. Ce sujet revêt également une importance considérable en matière de communication, car ce conflit et la défaite des États-Unis sont souvent perçus comme étant uniquement imputables au président Trump ; or, le rôle prépondérant de M. Rubio, principal conseiller de cette administration pour les affaires internationales, ne doit pas être négligé. Il est en première ligne des responsables, avant même son peuple et avant l’histoire, du sort final de l’Iran.

Le sénateur Hollen a commencé par rappeler à M. Rubio qu’il s’agissait de sa première comparution officielle devant le Sénat depuis le début de l’agression contre l’Iran. Il a ensuite interrogé le secrétaire d’État de l’administration Trump sur la responsabilité du pays dans cette aventure, l’attaque contre l’Iran, prétextant ainsi qualifier la politique étrangère de la Maison-Blanche de stupide et d’irresponsable. Par conséquent, cette étiquette de stupide s’applique également à M. Rubio, pour les raisons déjà exposées.

Hollen a justifié sa colère par les nombreux et manifestes préjudices que ce conflit « inutile et coûteux » inflige à la qualité de vie des Américains : inflation, prix de l’essence, gaspillage des fonds publics et ce qu’il a qualifié d’encouragement à l’agression régionale israélienne. « Et tout ça pour quoi ? » s’est exclamé le sénateur, visiblement consterné, dénonçant le flot de mensonges qui a caractérisé la gestion de cette affaire. À un moment donné, Hollen a déclaré : « Soyons francs, Monsieur le Secrétaire, la politique étrangère de Trump est un véritable désastre », une remarque cinglante.

Rubio n’a pas eu assez de temps, non pas pour aborder des sujets constructifs, ou du moins de manière un peu plus détendue, mais il a préféré insister sur d’autres conflits, qui ne concernent pas strictement les États-Unis, comme la situation en Colombie.

Et cela paraît logique, car les preuves ont déjà été présentées : il s’agit apparemment d’une fraude monumentale orchestrée par l’extrême droite colombienne, avec le soutien des États-Unis, en faveur du candidat Espriella, qui aurait « obtenu » pas moins de 600 000 voix. Le processus démocratique en Colombie les intéresse-t-il vraiment ? Washington se soucie-t-il de la volonté souveraine des Colombiens ? Les réponses sont évidentes.

Un autre sujet abordé par M. Rubio concerne les drones utilisés par les cartels de la drogue au Mexique. Il a émis l’hypothèse que l’utilisation de ces armes plus sophistiquées représente une menace pour les États-Unis, rappelant l’article publié par Axios sur les drones cubains. Il est curieux que les sénateurs n’aient pas demandé d’où proviennent près de 70 % des armes utilisées par ces cartels, puisqu’ils les importent des États-Unis. M. Rubio devrait clarifier l’origine de ces drones mafieux ; peut-être proviennent-ils même de certaines usines dont les fils du président Trump sont d’importants actionnaires. Une affaire qui incomberait au FBI.

Les déclarations de M. Rubio méritent une attention particulière, notamment concernant la Colombie et le Mexique. Bien que ces deux pays partagent des sous-entendus idéologiques similaires, le point crucial est que le Département d’État perçoit leurs gouvernements respectifs comme une menace pour la doctrine Donroe. M. Rubio est clair sur ce point : une telle situation est intolérable. Si, par exemple, le Mexique est placé sur la liste des menaces atypiques, au même titre que Cuba, alors il devrait lui aussi être

envahi. Washington a déjà trouvé là-bas son « ennemi idéal » : les cartels de la drogue, qui prospèrent grâce à la consommation extrêmement élevée de stupéfiants dans le pays d’origine de M. Rubio.

Lors de l’interpellation de M. Rubio à la Chambre des représentants, des questions similaires ont été abordées : une vive inquiétude quant au cours de la guerre perdue en Iran, au point que, par un vote majoritaire, la Chambre a approuvé le même jour, lors d’une autre session, une résolution empêchant Trump de la poursuivre ; et il y a même eu une forte confrontation avec M. Rubio au sujet des meurtres d’enfants à Gaza, perpétrés par le sionisme et encouragés/soutenus par le secrétaire ; ainsi que sur la corruption endémique des Trump, comme déjà mentionné.

Insatisfait de ces absurdités, M. Rubio, qui rencontrait encore une semaine auparavant ses homologues de l’OTAN en Suède, a réitéré son intérêt pour la conquête du Groenland – chose incroyable. Et, comme prévu, les représentants se sont plaints au secrétaire des siestes fréquentes du président Trump, qui survenaient curieusement toujours pendant les interventions de Rubio. Cela mit fin à ce qui avait viré au cirque, le secrétaire étant ridiculisé pour ses chaussures trop grandes – celles que le président, pour des raisons inconnues, lui avait offertes et qu’il l’avait forcé à porter. Cet incident fit le tour du web, comme c’est souvent le cas pour ce genre de sujets futiles.

Quelques heures après la déroute qu’il a subie devant les deux chambres du Congrès, M. Rubio s’est rabattu sur ce qui est sans doute son seul atout restant, celui où il se sent le plus à l’aise (ou peut-être le plus désavantagé), et qui constitue son principal objectif : intensifier le blocus et la pression sur Cuba. Il a imposé des sanctions au président cubain et à sa famille, à d’autres membres du gouvernement cubain, et même aux Comités de défense de la révolution ; autrement dit, il a sanctionné des millions de Cubains d’un simple clic, une pratique courante depuis plus de 60 ans, à laquelle il a désormais donné un vernis plus formel. Plus il y a de « parfaits méchants », mieux c’est, semble être la conclusion de M. Rubio.

D’autres secrétaires du gouvernement fédéral ont dû défiler devant le Congrès, tous plus ou moins ternis par leur réputation, car en réalité, la tâche de défendre l’indéfendable, comme l’est l’administration Trump, exige non seulement de la loyauté mais aussi du talent, comme on dit, une qualité qui fait défaut dans ce gouvernement.

Démasquer les mensonges de M. Rubio demeure une priorité pour quiconque possède un tant soit peu d’éthique ; ce n’est pas une obligation. Il ne s’agit pas seulement de son agression contre Cuba, mais bien de son attaque contre l’Amérique, comme l’a justement averti Lula, le président brésilien.

En résumé, M. Rubio incarne actuellement le visage institutionnel et visible de l’impérialisme américain, qui, comme chacun sait, est notre principal ennemi. Et lorsque cela deviendra évident – ​​c’est-à-dire lorsque le coupable sera nommément désigné – il sera bien plus aisé de prendre des mesures de rétorsion, pour le bien de l’histoire, car il existe des cas où ni le pardon ni l’oubli ne sont possibles, et nul ne peut exercer le pouvoir éternellement. Il serait peut-être judicieux d’expliquer ces principes au secrétaire d’État américain.

 

SOURCE HISTOIRE ET SOCIÉTÉ

Laisser un Commentaire

* Les commentaires sont modérés. Radio Habana Cuba n'est pas responsable des opinions exprimées ici.


Aller au contenu principal