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Cinq mensonges pour justifier une politique d’étouffement

par Reynaldo Henquen

Le secrétaire d’État Marco Rubio ne s’adresse pas au peuple cubain : il parle du peuple cubain. Son message du 20 mai, présenté comme une offre d’aide et une explication de la crise cubaine, est en réalité une manipulation politique savamment orchestrée.

Auteure : Daniela López Ferreiro | internet@granma.cu

Le secrétaire d’État Marco Rubio ne s’adresse pas au peuple cubain : il parle du peuple cubain. Son message du 20 mai, présenté comme une offre d’aide et une explication de la crise cubaine, est en réalité une manipulation politique savamment orchestrée. Ce faucon de Floride sélectionne de vrais problèmes, les sort de leur contexte, exagère certains faits, en dissimule d’autres et réduit la complexité de Cuba à un slogan servant les desseins de Washington : tout le mal vient de La Havane ; tout le bien vient des États-Unis.

Le mécanisme est bien connu. D’abord, il nie l’impact du blocus. Ensuite, il attribue la crise à un seul coupable interne. Puis, il avance des chiffres choquants, quoique invérifiables, pour susciter l’indignation. Plus tard, il transforme une critique potentielle de l’opacité économique en une condamnation sans appel. Enfin, il présente comme une « aide au peuple » ce qui est en réalité une opération politique visant à déstabiliser l’État cubain et à ouvrir la voie à une intervention.

Voici la suite de mensonges du secrétaire d’État.

1. Le plus gros mensonge : « La crise n’est pas due à l’embargo pétrolier américain. » Rubio affirme que si les Cubains subissent des coupures de courant, ce n’est pas à cause d’un « embargo pétrolier américain ». Cette phrase est au cœur de son discours politique. C’est aussi sa plus importante falsification.

Quiconque observe sérieusement la réalité cubaine ne peut affirmer que la crise de l’électricité s’explique uniquement par Washington. Le système électrique national cubain souffre de problèmes cumulés : centrales thermoélectriques vieillissantes, pannes à répétition, déficits de maintenance, manque d’investissement, obsolescence technologique et dépendance structurelle aux importations de combustibles. Cependant, la reconnaissance de ces facteurs internes n’autorise pas à nier l’effet des sanctions, des persécutions financières et des restrictions énergétiques imposées par les États-Unis.

C’est là que réside la manipulation de Rubio. Il ne se contente pas de nier une interprétation ; il nie une politique concrète. Les États-Unis exercent depuis des années des pressions sur Cuba concernant son approvisionnement énergétique, sanctionnent les entreprises, les navires et les opérateurs liés au transport de carburant, entravent les opérations financières et rendent l’accès au pétrole, au crédit, à l’assurance, aux pièces détachées et aux technologies plus coûteux pour l’île.

La crise énergétique cubaine est multiforme. Mais c’est précisément pour cette raison qu’il est faux de la présenter comme si Washington n’en portait aucune responsabilité. Rubio a besoin de dissocier les coupures de courant de l’embargo afin de disculper la politique américaine. Il a besoin que les souffrances quotidiennes du peuple cubain apparaissent uniquement comme la conséquence de problèmes de gestion interne, et non comme le résultat d’une stratégie d’étranglement visant à aggraver les difficultés matérielles de l’île.

Le mensonge ne consiste donc pas à nier l’existence de problèmes internes à Cuba. Le mensonge consiste à instrumentaliser ces problèmes pour masquer la responsabilité des États-Unis.

2. Le mensonge du coupable unique : « La vraie raison, c’est qu’ils ont pillé des milliards »

Le deuxième volet du discours de Rubio consiste à présenter le manque d’électricité, de carburant et de nourriture comme la conséquence directe d’une élite qui aurait soi-disant pillé le pays. C’est une formule politiquement efficace car elle s’appuie sur un point sensible : l’existence de structures économiques comme GAESA dans des secteurs stratégiques et la demande légitime d’une plus grande transparence de l’économie cubaine.

Mais Rubio ne recherche pas la transparence. Il cherche un alibi. Sa stratégie consiste à utiliser une vérité partielle pour en tirer une conclusion erronée : toutes les souffrances du peuple cubain s’expliqueraient par la corruption interne et non par l’ensemble des mesures de blocus économique, des sanctions financières, la chute des revenus étrangers, les restrictions commerciales, la crise énergétique, le déclin de la production et les pressions internationales exercées par Washington.

C’est un mensonge de façade. Il n’a pas besoin de tout inventer ; il lui suffit d’agencer les faits de manière trompeuse. La corruption interne apparaît comme la seule cause. L’extérieur disparaît. Les sanctions s’évaporent. La persécution bancaire n’existe plus. L’impact du blocus sur le commerce extérieur, les investissements, les paiements internationaux, le transport maritime et les importations est passé sous silence.

Pourtant, le blocus n’est pas un prétexte de propagande de La Havane. Il s’agit d’une politique bien réelle, maintenue par les administrations américaines successives et massivement rejetée par la communauté internationale depuis des décennies aux Nations Unies. Même ceux qui ont des divergences politiques avec le gouvernement cubain ont reconnu l’impact néfaste des mesures américaines sur l’économie et le niveau de vie de la population. Rubio ne peut l’admettre, car toute sa thèse s’effondre. S’il reconnaît que le blocus aggrave la crise, les États-Unis cessent d’être le prétendu bienfaiteur extérieur et apparaissent pour ce qu’ils sont : une partie intégrante du problème.

3. Le mensonge des chiffres absolus : « GAESA contrôle 70 % de l’économie et dispose de 18 milliards de dollars »

Ce troisième mensonge repose sur des chiffres ronds, percutants et faciles à répéter. Rubio affirme que GAESA contrôle 70 % de l’économie cubaine et possède 18 milliards de dollars d’actifs. D’un point de vue communicationnel, l’affirmation est efficace : simple, scandaleuse et digne des gros titres. D’un point de vue journalistique, elle est bien plus problématique.

GAESA existe. Son influence dans des secteurs stratégiques de l’économie cubaine est également réelle. Mais il y a une différence entre affirmer qu’il s’agit d’un conglomérat économique important et présenter comme un fait avéré un chiffre sans états financiers publics audités, sans méthodologie transparente et sans vérification indépendante suffisante.

Rubio utilise ce chiffre comme une arme politique. Il ne le présente pas comme une estimation, une hypothèse ou un calcul sujet à débat. Il l’utilise comme une tactique de propagande pour transformer des données opaques en certitude absolue, les répéter comme preuve et s’en servir pour détourner le débat de l’embargo vers une prétendue explication unique de la crise.

Dans une analyse sérieuse, un chiffre sans méthodologie vérifiable ne peut servir de preuve définitive. Il peut soulever des questions. Il peut justifier des enquêtes. Il peut exiger de la transparence. Mais cela ne saurait servir de prétexte pour exonérer Washington de sa politique de sanctions ni pour présenter les États-Unis comme étrangers au déclin économique de Cuba.

Rubio ne cherche pas à clarifier les chiffres de GAESA. Il cherche à provoquer une indignation ciblée. Ce chiffre n’est pas avancé pour apporter une information plus précise, mais pour étouffer le débat : si « ils ont 18 milliards », alors l’embargo disparaît comme problème. C’est le piège.

4. Le mensonge éhonté : « Rien » des revenus du gouvernement cubain ne profite au peuple.

Le quatrième mensonge est d’autant plus flagrant qu’il est absolu. Rubio affirme que les profits profitent au peuple. Ce « rien » n’est pas une catégorie analytique.

C’est un outil de propagande. Cette phrase est construite pour susciter une condamnation morale totale, et non pour décrire fidèlement la réalité.

L’objectif politique est clair : établir l’image d’une classe dirigeante qui vole tout, tandis que les États-Unis apparaissent comme l’acteur qui veut aider « directement » le peuple cubain. Rubio a besoin de cette image car elle prépare le terrain pour la manœuvre suivante : justifier que Washington contourne l’État cubain, ignore ses institutions et définisse de l’extérieur qui peut recevoir, gérer ou distribuer des ressources sur le territoire.

Cette exagération flagrante remplit une fonction stratégique. Elle déshumanise l’adversaire, gomme les nuances, efface les contradictions et transforme toute politique de pression extérieure en un acte prétendument moral. C’est ainsi que fonctionne la guerre narrative : d’abord, on construit un ennemi totalement corrompu ; ensuite, l’intervention est présentée comme un sauvetage.

 

5. Le mensonge humanitaire : « Les États-Unis proposent une nouvelle relation directe avec le peuple cubain »

Ce cinquième mensonge est le plus sophistiqué. Rubio prétend que les États-Unis proposent une nouvelle relation à Cuba, mais « directement » avec le peuple cubain et non avec ses institutions. Il présente également une offre d’aide sous forme de nourriture et de médicaments, conditionnée à sa distribution par des acteurs « dignes de confiance » pour Washington, tels que l’Église catholique ou d’autres organisations, et non par l’État cubain.

À première vue, cela ressemble à une proposition humanitaire. En réalité, il s’agit d’une opération politique. Aucun État n’établit de relation bilatérale « directement avec le peuple » d’un autre pays en court-circuitant complètement ses institutions, à moins de proposer une architecture de pression, de non-reconnaissance ou de changement de régime. La formule semble démocratique, mais elle nie la souveraineté. Elle semble solidaire, mais elle s’accompagne de sanctions. Elle semble humanitaire, mais elle exige que Cuba accepte des canaux définis par la puissance qui la bloque.

L’aide humanitaire, lorsqu’elle est formulée dans le contexte de sanctions, de persécutions financières, de pressions énergétiques et de campagnes de délégitimation, cesse d’être une simple assistance. Elle devient un instrument de conflit politique.

Rubio tente de dissocier artificiellement deux éléments d’une même stratégie : d’une part, l’asphyxie économique de Cuba ; d’autre part, la présentation d’une aide conditionnelle. C’est la logique du blocus et de l’aumône. D’abord, ils contribuent à créer ou à aggraver les pénuries ; ensuite, ils proposent une aide assortie de conditions politiques ; enfin, ils accusent le gouvernement bloqué de refuser la « générosité » du blocuseur.

C’est pourquoi l’expression « directement avec le peuple » est trompeuse. Elle ne propose pas une relation respectueuse entre les pays. Elle propose une relation verticale entre une puissance et une société qu’elle cherche à séparer de ses institutions. Elle vise à manipuler politiquement la souffrance.

Ce que propose Rubio n’est pas une véritable solution. C’est un récit de capitulation : accepter l’entière responsabilité, accepter les canaux imposés, accepter une aide conditionnelle et accepter que la souveraineté cubaine soit remplacée par une relation conçue à Washington.

 

sOURCE gRANMA

 

 

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