Discours prononcé par Miguel Mario Díaz-Canel Bermúdez, Premier Secrétaire du Comité central du Parti communiste de Cuba et Président de la République, lors de la clôture de la Rencontre internationale de solidarité avec Cuba, au Centre des congrès, le 2 mai 2026, « Année du centenaire du Commandant en chef Fidel Castro Ruz ».
(Version sténographique – Présidence de la République)
Chers frères et sœurs solidaires de Cuba et des justes causes dans le monde ;
Amis venus du monde entier :
La solidarité est inébranlable. Vive la solidarité ! (Exclamations : « Vive Cuba ! »)
L’une des premières choses que nous devons exprimer, et qui fait partie intégrante du sentiment et des émotions propres aux Cubains lors de ces rencontres, lorsque nous avons l’occasion de partager avec ceux qui nous rendent visite, nous témoignant amour, affection, amitié et solidarité, c’est notre gratitude pour tout ce que vous faites pour nous et la reconnaissance du courage et de la détermination avec lesquels vous vous exprimez. Car nous savons qu’être présent à Cuba et avec Cuba en ces temps difficiles exige du courage. (Applaudissements)
Nombreux sont ceux qui disent être émus en venant à Cuba. Nous le sommes aussi lorsque vous venez à Cuba et lorsque vous nous témoignez cette affection et cette solidarité.
Je crois que nous pouvons être solidaires, que nous pouvons partager des idéaux, que nous croyons qu’un monde meilleur est possible, comme Fidel nous l’a enseigné, précisément parce que nous reconnaissons qu’il peut exister un autre modèle, une autre possibilité pour ceux d’entre nous qui habitons ce monde désordonné et chaotique. On y parvient lorsqu’on défend une cause, lorsqu’on défend un modèle fondé sur la justice sociale et qui place l’humain avant le marché et contre le profit.
Quand on nous qualifie de menace extraordinaire et inhabituelle pour les États-Unis – et nous sommes certains que ce n’est pas l’avis du peuple américain, mais plutôt le prétexte utilisé par le gouvernement américain pour nous attaquer – on peut se demander : quelle est cette menace ? Qu’y a-t-il d’extraordinaire dans cette menace ? Qu’y a-t-il d’inhabituel dans cette menace, alors que Cuba est un pays de paix, alors que Cuba a été le théâtre des principales négociations de paix en Amérique latine et dans les Caraïbes, alors que Cuba a été le lieu où l’Église catholique et l’Église orthodoxe russe se sont réunies pour résoudre le schisme qui les opposait depuis plus de quinze siècles ?
J’essaie de répondre à cette question chaque jour, mais, comme l’explique Bruno, il n’y a aucun prétexte, aucune raison qui justifie une agression militaire contre Cuba. Eh bien, peut-être que cette « menace extraordinaire et inhabituelle » est un exemple de la résilience et de la créativité du peuple cubain (Applaudissements).
Quand on parle de solidarité, je crois qu’on évoque trois éléments qui caractérisent la valeur de la solidarité internationale :
Le premier est la compassion entre les peuples, car ensemble, nous avons appris à partager ce que Fidel nous a enseigné : ne pas donner ce que l’on possède en excès, mais plutôt ce que l’on a à partager avec tous.
Le deuxième est que la solidarité constitue un rempart stratégique, car elle soutient nos actions, elle soutient les luttes de celles et ceux qui cherchent à contrer les agressions génocidaires comme celle imposée par le gouvernement des États-Unis à Cuba. Chaque don, chaque mobilisation internationale, chacun de ces actes que vous menez dans différentes villes du monde est une bouffée d’air frais face au blocus économique, et une lumière qui illumine la nation et le peuple cubains.
Un troisième élément de la solidarité, que nous partageons tous, est qu’elle est une expression de résistance à l’exclusion. Il s’agit d’une dénonciation ferme de l’agression menée par le gouvernement des États-Unis contre Cuba, et d’une dénonciation ferme de l’inscription de Cuba sur une liste de pays prétendument soutenant le terrorisme.
La véhémence, le courage, la détermination et l’engagement avec lesquels vous défendez le peuple cubain, par votre solidarité, nous démontrent et nous assurent que Cuba n’est pas seule et qu’elle ne le sera jamais tant qu’il y aura des personnes comme vous dans le monde (Applaudissements).
Je crois qu’hier, nous avons tous été témoins d’une magnifique démonstration d’héroïsme, de résolution, de détermination, de conviction, d’activisme et de combativité de la part du peuple cubain.
Hier, le peuple cubain a remporté deux victoires historiques : d’abord, en recueillant plus de 80 % des signatures de la population active cubaine de plus de 17 ans en soutien à la Révolution cubaine, contre le blocus renforcé, contre le blocus énergétique et contre la menace d’agression militaire contre Cuba. C’était une signature pour la patrie, pour la Révolution et pour le socialisme (Applaudissements).
L’autre victoire fut cette magnifique manifestation de soutien à la Révolution, lorsque le peuple a défilé en masse non seulement à La Havane – vous avez tous été témoins de l’ampleur de ce défilé – mais dans toutes les villes du pays. Combien y a-t-il eu de participants ? Plus de 5 millions de personnes étaient dans les rues hier pour défendre Cuba (Applaudissements).
Et ce n’était pas un 1er mai comme les autres. Comme beaucoup d’entre vous l’ont dit, c’était le 1er mai de l’année du centenaire du Commandant en chef Fidel Castro Ruz (Applaudissements et cris de : « Vive Fidel ! »)
Et nous pouvons tous être convaincus que notre peuple, le peuple cubain, et vous, amis solidaires de ce peuple, qui faites aussi partie de cette patrie et de ce peuple, avez rendu le plus bel hommage possible au Commandant en chef en cette année du centenaire, ce 1er mai (Applaudissements).
Je crois que c’était une réponse du peuple qui a clairement démontré qu’à Cuba, la patrie est défendue ! (Applaudissements et cris de : « La patrie est défendue ! »)
Quelqu’un m’a demandé hier ce qui rendait ce 1er mai si extraordinaire. Eh bien, cela tient à notre engagement envers le Commandant en chef, à la situation que nous vivons, et à ce que nous avons voulu exprimer ce 1er mai. Mais je crois qu’un fait essentiel vous a échappé : hier, les nouvelles générations cubaines ont brandi nos bannières historiques.
Les ennemis de la Révolution ont dépensé des millions pour tenter d’empêcher la jeunesse cubaine de poursuivre son œuvre. Ils prédisaient un manque de soutien populaire et une simple manifestation, sans grande participation. Or, comme on dit à Cuba, ils se sont trompés. Les jeunes sont descendus dans la rue pour défendre la Révolution. Mais la jeunesse cubaine est venue la défendre en tant que partie intégrante du peuple, avec la conviction d’être la jeunesse du Centenaire du Commandant en chef (Applaudissements).
Ainsi, hier, nous n’avons pas assisté à une marche organisée « malgré la situation économique difficile que traverse notre pays, dans le cadre du renforcement du blocus ». Loin de là ! Hier, c’était la marche d’un peuple combatif, un peuple déterminé à lutter contre tout ce qui affecte la vie quotidienne et l’économie de notre pays. C’était le discours combatif d’un peuple digne, courageux et déterminé, qui a proclamé haut et fort son droit absolu de choisir son système politique, de le défendre, de vivre et de se développer. C’est pourquoi ce peuple, avec vous, s’est exclamé hier : Non au blocus ! (Applaudissements.) Et comme nous l’avons toujours dit : Qu’ils lèvent le blocus pour que nous puissions voir ce dont nous sommes capables !
Parlons un peu du monde. Je crois que vous avez justement cerné les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. Il y a indéniablement une crise du capitalisme, une crise multidimensionnelle du capitalisme, et une crise impériale au sein même du gouvernement des États-Unis.
D’autres pays, dans une perspective multilatérale, offrent des alternatives aux peuples et aux nations du Sud. De plus en plus de voix s’élèvent contre les abus impériaux.
Les principaux représentants du gouvernement des États-Unis traversent également une crise de crédibilité auprès du peuple américain.
Lorsque le capitalisme et l’impérialisme sont en crise, c’est alors que les idées les plus ultraconservatrices et d’extrême droite refont surface. Voilà pourquoi le fascisme connaît une résurgence ; et le gouvernement américain actuel est un gouvernement fasciste (Applaudissements). Voilà pourquoi des actes génocidaires sont commis à travers le monde, comme le génocide perpétré contre le peuple palestinien, comme celui perpétré contre le peuple libanais ; ou encore pourquoi l’agression et le discours guerrier sont utilisés pour résoudre les conflits internationaux.
Et nous assistons à une guerre idéologique, une guerre culturelle et une guerre médiatique.
Pourquoi cette guerre que l’empire tente d’imposer est-elle idéologique ? Parce qu’il cherche à imposer ses idées hégémoniques par la domination. Il veut dominer le monde, il veut nous dominer tous, il veut dominer nos peuples, il veut dominer nos nations.
Pourquoi parle-t-on de guerre culturelle ? Parce que pour la mener, ils doivent s’approprier et dominer nos esprits. C’est pourquoi ils tentent de forcer notre peuple à rompre avec ses racines, son identité, sa culture. C’est pourquoi ils s’attaquent à la culture et à l’histoire de notre peuple.
C’est aussi une guerre médiatique, car ils utilisent tout ce réseau de plateformes numériques et de médias pour promouvoir des valeurs suprématistes et la xénophobie ; pour salir la réputation des nations et de leurs dirigeants ; pour imposer la culture occidentale ; pour dénigrer les peuples et les processus révolutionnaires. Ils le font en se fondant sur la perversité, en utilisant la calomnie, le mensonge et les fausses informations, en tissant des récits médiatiques de sorte que la répétition du mensonge et du récit fallacieux devienne une vérité acceptée par beaucoup à travers le monde. Voyez, c’est ainsi qu’ils ont agi récemment.
Qu’ont-ils fait contre le Venezuela ? Ils ont commencé à construire un récit médiatique d’un narco-État ; ils ont tenté de lyncher politiquement et médiatiquement le président légitime de la Révolution bolivarienne, Nicolás Maduro. Ils ont ensuite imposé un blocus naval au Venezuela, établissant ainsi la plus importante présence militaire américaine dans les Caraïbes depuis vingt ans.
Dans le cadre de ce récit, ils ont justifié les exécutions extrajudiciaires de navires dont l’implication dans le trafic de drogue, voire celle de leurs équipages, n’a jamais été prouvée.
Après avoir créé les conditions propices par ce déferlement médiatique, ils ont attaqué la nation vénézuélienne, kidnappant le président légitime et son épouse pour les soumettre à un simulacre de procès aux États-Unis. Il est remarquable de constater comment le Cartel des Soleils a disparu immédiatement après l’enlèvement de Maduro, comment le mensonge qu’il avait construit s’est évanoui, mais les conséquences étaient déjà là.
Ainsi, ils ont tissé la trame selon laquelle l’Iran développait un programme d’énergie nucléaire pour acquérir la bombe atomique et qu’il représentait une menace pour le monde entier.
Nous assistons à la guerre en Iran depuis plusieurs semaines maintenant, témoins de la résistance héroïque du peuple iranien (Applaudissements). Et ce que nous n’avons encore vu, c’est une bombe nucléaire iranienne, ni une menace d’utilisation d’armes nucléaires de la part de l’Iran. Qui parle d’utiliser l’arme nucléaire ? Le gouvernement des États-Unis.
Et puis, il y a le cas de Cuba. Ils ont lancé une vaste campagne affirmant que nous représentons une menace inhabituelle et extraordinaire pour les États-Unis, que nous violons les droits de l’homme, que nous sommes un État failli, que nous sommes au bord de l’effondrement économique, et qu’ils sont très préoccupés par le sort du peuple cubain, ce qui est totalement ironique et mensonger. S’ils sont si préoccupés, ils devraient lever l’embargo, car les principaux problèmes du peuple cubain sont liés à l’imposition prolongée de cet embargo.
Dans le cadre de cette campagne contre Cuba, ils ont également exercé des pressions sur les gouvernements d’un groupe de pays, incitant leurs dirigeants à rompre la collaboration médicale que Cuba offre par solidarité.
Lors de réunions régionales, le gouvernement des États-Unis a tenté de séduire certains dirigeants latino-américains, et certains ont offert en échange la rupture des relations avec Cuba ou la limitation des relations diplomatiques avec ce pays. D’autres, avec un cynisme et un manque de dignité flagrants, cherchant à s’attirer les faveurs de l’empereur, lui ont demandé : « Quand allez-vous régler la question cubaine ? »
Puis, dans ce contexte, lorsque le Venezuela a commencé à être soumis à un blocus énergétique en décembre, Cuba a cessé d’être approvisionnée en pétrole. Nous parlons bien de décembre. Puis, en janvier, est arrivé le décret présidentiel du 29 janvier ; nous sommes donc restés quatre mois sans carburant jusqu’à l’arrivée d’une cargaison en provenance de Russie, ce qui nous a permis, ces deux dernières semaines, d’améliorer la situation électrique du pays. Mais ce pétrole s’épuise maintenant, et nous ignorons quand d’autres livraisons arriveront à Cuba.
Et comme si cela ne suffisait pas, ils sont apparus hier comme un cadeau du 1er mai – il semblerait que le 1er mai les ait agacés ! Comme on dit ici, il semblerait que l’immense détermination du peuple cubain les ait piqués au vif – et ils ont promulgué un autre décret présidentiel intitulé « Imposition de sanctions aux responsables de la répression à Cuba et des menaces à la sécurité nationale et à la politique étrangère des États-Unis ». Ils ont utilisé le même prétexte que pour le précédent décret présidentiel.
Il s’agit d’une mesure – et Bruno l’a expliquée plus en détail que je ne le ferai – structurée autour de trois piliers fondamentaux visant à faire s’effondrer l’économie cubaine et à imposer ce qu’ils considèrent comme un changement de régime.
Premièrement, elle impose des sanctions sectorielles élargies, bloquant tout bien américain appartenant à des personnes ou entités opérant dans les secteurs de l’énergie, de la défense, des mines et des services financiers de l’île – notez bien les secteurs qu’ils ont choisis.
Par conséquent, ils s’attaquent à nos sources de revenus vitales, déjà fragilisées par plus de soixante ans de blocus ; puis par l’intensification de ce blocus à partir du second semestre 2019, lorsque Trump a mis en œuvre 240 mesures pour renforcer l’embargo. En janvier 2020, nous avons été inclus dans la liste des pays prétendument soutenant le terrorisme, et toutes ces mesures ont été maintenues depuis, d’abord par l’administration Biden, puis par le second mandat de l’administration Trump, et maintenant intensifiées avec le blocus énergétique et, une fois de plus, par ce décret présidentiel.
Le deuxième aspect fondamental de cette mesure est qu’elle instaure une persécution financière mondiale en menaçant les banques de pays tiers de leur couper l’accès au système financier américain si elles effectuent des transactions avec des entités cubaines. Il convient de noter le degré d’internationalisation conféré à cette mesure, qui intensifie encore le blocus contre Cuba.
Troisièmement, elle décrète l’application immédiate des sanctions, supprimant tout délai de modification préalable et, de ce fait, toute possibilité de recours juridique en temps opportun.
En clair, mes frères et sœurs, du point de vue des relations internationales, ce décret présidentiel constitue une ingérence directe et unilatérale des États-Unis ; il s’agit d’un acte inacceptable d’ingérence dans les affaires intérieures d’une autre nation. C’est une tentative manifeste d’imposer un modèle politique par la coercition économique, en utilisant le droit interne pour dicter la politique d’autres nations au détriment du multilatéralisme.
Cette politique ne vise pas seulement un « changement de régime », mais constitue également un acte de déstabilisation régionale, contraignant la communauté internationale à un choix impossible entre ses relations avec Cuba et l’accès au marché et au système financier des États-Unis. Le monde choisit soit de participer au système financier et économique des États-Unis, soit de soutenir Cuba.
Et je pose la question : combien de temps le monde tolérera-t-il ces abus ? Combien de temps encore laissera-t-il des enfants et des personnes innocentes se faire tuer, comme à Gaza, au Liban ou en Iran ? Combien de temps encore tolérera-t-il cette politique de pression maximale exercée par les États-Unis contre le peuple cubain héroïque ? Car le monde doit être conscient que ce qui est fait contre Cuba, ce qui est fait contre la Palestine, ce qui est fait contre l’Iran, sera un jour infligé à n’importe qui. (Applaudissements)
C’est pourquoi nous affirmons avec une pleine responsabilité – et quelqu’un l’a dit ici même – que quiconque se tient aux côtés de Cuba aujourd’hui se tiendra à ses côtés pour toujours, car à Cuba, la dignité du peuple est défendue. (Applaudissements)
À Cuba, la souveraineté et l’indépendance du peuple sont défendues. À Cuba, le droit des peuples à l’autodétermination est défendu. (Applaudissements) Et à Cuba, la conviction qu’une juste cause défendue par un peuple héroïque ne sera jamais abandonnée est défendue. Que personne ne s’attende donc à une capitulation de Cuba ! (Applaudissements et cris : « Cuba n’est pas seule ! Cuba n’est pas seule ! Cuba n’est pas seule ! Cuba n’est pas seule ! »)
Tous ces éléments contextuels que nous vous présentons ont indéniablement compliqué notre situation. Et comme vous l’avez constaté, comme vous l’avez partagé avec le peuple cubain, nous subissons aujourd’hui de nombreuses limitations, qui s’ajoutent à celles auxquelles nous étions déjà confrontés. Nous devons nous interroger sur la viabilité économique d’un pays, sur le maintien de ses services publics, lorsqu’il est privé de carburant.
Nous, en tant que pays, en tant que peuple, sommes confrontés à une agression multidimensionnelle de la part de la nation la plus puissante du monde.
Et le problème réside ici dans un effet cumulatif, car on analyse et on parle de la situation actuelle de Cuba. Non, non, la situation de Cuba est l’accumulation des problèmes liés à plus de soixante ans de blocus, un blocus intensifié depuis 2019, les effets de la COVID-19, et le blocus désormais encore plus sévèrement aggravé par ces deux décrets présidentiels.
C’est une punition collective qu’ils veulent nous infliger, une étouffement total, pour provoquer une explosion sociale et un changement de régime. Mais Cuba ne restera pas les bras croisés. (Exclamations : « Ils n’y arriveront pas ! »)
Ils n’y arriveront pas, ils n’y arriveront pas ! (Applaudissements.)
Nous ne resterons pas les bras croisés.
Depuis que les dirigeants du pays ont analysé la possibilité d’une victoire de Trump à l’élection présidentielle et de la réunification de son administration, nous savions qu’une menace plus grave planait sur Cuba. Nous avons élaboré tout un ensemble d’idées, de plans et de programmes que nous avons aujourd’hui, à juste titre, ratifiés, précisés, actualisés et que nous continuons de développer.
Face à cette agression multidimensionnelle, nous avons établi trois priorités fondamentales et nous souhaitons vous les présenter afin que vous compreniez pleinement la situation et les arguments concernant les agissements de Cuba.
Premièrement, il y a l’imminence d’une agression militaire. Et cela, nous ne le souhaitons pas. Cuba est un pays de paix. Cuba défend la paix. Or, le gouvernement des États-Unis parle de guerre et de menaces quotidiennement, et la rhétorique des menaces contre Cuba s’intensifie chaque jour ; mais le peuple cubain n’a pas peur. (Applaudissements)
Et savez-vous pourquoi ? Car lorsqu’on est prêt à donner sa vie pour une cause juste, en l’occurrence notre Révolution, lorsqu’on est si nombreux dans ce pays à être prêts à le faire, la peur ne peut exister. Vous avez fait le choix de donner votre vie jusqu’au bout, et la peur n’est plus. Le peuple l’a démontré hier par ses signatures et sa participation (Applaudissements).
Mais ce même héroïsme, exemplaire pour notre époque, a été incarné par les 32 combattants cubains tombés au Venezuela (Applaudissements et cris de : « Cuba et Venezuela, un seul drapeau ! »).
Ces combattants cubains ont affronté des forces d’élite de l’armée américaine, technologiquement et numériquement supérieures aux leurs. Le gouvernement des États-Unis, par l’intermédiaire de son armée, avait conçu l’opération d’enlèvement du président vénézuélien comme une opération éclair. La situation s’est compliquée lorsque nos courageux combattants ont affronté cette force d’élite américaine et se sont battus pendant plus de 45 minutes dans ces conditions (Applaudissements).
Imaginez ce qui se passerait en cas d’agression militaire contre Cuba, où l’exemple de ces 32 personnes serait multiplié par des millions de Cubains (Applaudissements). Et nous le disons en toute responsabilité ; nous ne parlons pas ainsi parce que nous voulons la guerre. Nous ne voulons pas la guerre ! Nous avons toujours soutenu que les différends bilatéraux avec le gouvernement des États-Unis peuvent être résolus par le dialogue ; mais il faut une volonté, il faut du sérieux pour trouver des domaines de coopération qui nous permettent de nous comprendre et de nous éloigner de la confrontation. Je réitère ici ce que nous avons déjà dit : nous n’avons pas peur de la guerre. Et ici, il n’y aura ni surprise ni défaite ! (Applaudissements.)
C’est pourquoi, en priorité absolue, nous avons consacré ces derniers mois à l’élaboration d’un plan visant à renforcer la préparation et la capacité de défense de l’ensemble de notre peuple.
Notre stratégie de défense est exclusivement défensive ; elle n’a pas pour but d’attaquer qui que ce soit. Elle s’appuie sur l’expérience de notre pays en matière de guérilla, sur l’expérience de nos luttes – comment les Mambises ont combattu, comment les rebelles ont combattu dans la Sierra Maestra ; sur l’expérience du combat que nous avons acquise lors de nos interventions en Afrique pour contribuer, modestement, à la libération des pays africains et à l’élimination de l’apartheid en Afrique du Sud. Elle fait partie intégrante de nos convictions.
Il s’agit d’une doctrine élaborée par Fidel, enrichie par le Général d’armée, qui a émergé dans un contexte complexe similaire à celui-ci, lorsque l’administration alors au pouvoir aux États-Unis avait également évoqué la possibilité d’une attaque directe contre Cuba. Dans cette doctrine défensive, chaque Cubain et chaque Cubaine possède un fusil, chaque Cubain et chaque Cubaine a un rôle à jouer dans la défense et une mission à accomplir pour défendre la patrie, la révolution et le socialisme (Applaudissements).
La deuxième priorité concerne donc le fait qu’ils veulent nous étouffer, nous asphyxier économiquement. Nous en avons discuté avec la population fin décembre de l’année dernière et début janvier de cette année. Nous avons débattu, à la base, d’un programme gouvernemental de développement économique et social adapté à la situation actuelle. Ainsi, chacun a pu exprimer son avis, formuler des critiques et proposer des solutions. À l’issue de cette consultation populaire, nous avons élaboré un programme de développement économique et social plus solide, enrichi par cette participation citoyenne. Ce programme comprend toute une série de transformations nécessaires de notre modèle économique et social, que nous devons mettre en œuvre avec agilité, sans bureaucratie et avec la plus grande diligence.
Je dirais que, malgré la multiplicité des aspects, on peut les regrouper en trois piliers fondamentaux : la transformation économique, qui vise à stabiliser la situation macroéconomique, à stimuler la production nationale et à accroître le volume des exportations.
L’un des axes prioritaires est la souveraineté et la durabilité, et nous avons deux programmes fondamentaux dans ce domaine : le programme de production alimentaire, visant à atteindre la souveraineté alimentaire du pays, en étant conscients que nous consommerons non pas ce que nous importons, mais ce que nous sommes capables de produire localement.
Vous pourriez me dire : « Vous êtes fou ? Maintenant que vous avez moins de carburant, moins de ressources, comment comptez-vous atteindre la souveraineté alimentaire ?» Eh bien, grâce aux efforts et au talent des Cubains, tous unis par la conscience de consommer ce que nous sommes capables de produire, en appliquant l’agroécologie (Applaudissements). Face à la pénurie de produits et d’engrais, nous appliquons l’agroécologie et développons un programme de développement agricole, un programme de production alimentaire, plus respectueux de l’environnement et durable dans notre contexte.
L’autre programme important, également essentiel à la durabilité énergétique du pays, est le programme énergétique, dont le pilier est une transformation profonde du mix énergétique national, que nous avons entamée l’année dernière. L’an dernier, nous avons pu investir plus de mille mégawatts dans des parcs photovoltaïques, ce qui nous a permis de faire passer, en un an seulement, la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité de 3 % à 10 %, soit une croissance de 7 %.
Malgré les difficultés, nous nous efforçons d’atteindre une croissance similaire cette année, dans le cadre d’un programme visant à atteindre l’autosuffisance énergétique d’ici 2050, grâce à nos propres ressources. Rien ne peut bloquer notre soleil, ni les courants aériens cubains (Applaudissements), ni les courants océaniques, ni nos rivières. Nous utilisons le biogaz et encourageons son utilisation, ainsi que celle de la biomasse.
Nos amis brésiliens nous ont fortement incités à explorer la question des biocarburants, et nous l’analysons également.
Comme vous le savez, alors qu’un tabou entourait l’idée que le pétrole brut cubain ne pouvait être raffiné, nos scientifiques ont trouvé la solution. Nous disposons désormais de la technologie développée à Cuba pour raffiner le pétrole brut cubain et produire les dérivés nécessaires. Que devons-nous faire maintenant ? Accroître la production de ce pétrole brut national afin d’en avoir suffisamment non seulement pour la production d’électricité, mais aussi pour répondre aux besoins de l’économie en carburants et en produits raffinés.
Bien sûr, tous ces processus prendront du temps, car il est impossible de résoudre ce problème du jour au lendemain dans ce contexte difficile et face à des mesures coercitives de plus en plus sévères.
Le troisième pilier stratégique est que toutes nos actions doivent être menées sans recourir à des politiques de choc. C’est par la justice sociale que nous y parviendrons, et chaque mesure mise en œuvre pour remédier à cette situation doit d’abord prendre en compte les personnes potentiellement désavantagées, afin de prévenir l’aggravation des inégalités et, au contraire, d’atténuer celles qui existent déjà. Chaque personne, famille ou communauté en situation de vulnérabilité doit bénéficier d’une réponse adaptée pour éviter que sa vulnérabilité ne s’aggrave. Voilà la justice sociale, voilà le socialisme, et voilà ce que nous défendons à Cuba (Applaudissements).
C’est pourquoi je crois et je rêve, et nous rêvons tous, car n’oublions pas qu’à Cuba, en raison de cette politique de pression maximale et du blocus appliqués pendant tant d’années, malgré la grandeur des acquis de la Révolution, nous n’avons pas pu réaliser tous nos rêves. Nous avons des rêves inassouvis, des projets inachevés. Certains programmes de développement économique du pays et leurs retombées sociales ont également été mis en suspens. Mais nous continuons de rêver et nous continuons d’agir, nous continuons de lutter et nous continuons d’œuvrer.
C’est pourquoi je crois et je rêve, et nous rêvons tous, car n’oublions pas qu’à Cuba, en raison de cette politique de pression maximale et du blocus appliqués pendant tant d’années, malgré l’ampleur de l’œuvre de la Révolution, nous n’avons pas pu réaliser tous nos rêves ; il nous reste des rêves inachevés, des projets inachevés. Certains programmes de développement économique et social du pays ont également été mis en suspens. Mais nous continuons de rêver et d’agir, de lutter et de travailler, et nous continuons d’obtenir des résultats, même dans les circonstances les plus difficiles.
Et nous laissons ces arguments ouverts car nous croyons que l’un des rôles fondamentaux que la solidarité peut jouer, que vous pouvez jouer, est la mobilisation de l’opinion publique dans une situation comme celle-ci, surtout en raison de la contribution que vous pouvez apporter pour persuader et diffuser la vérité sur Cuba à l’heure où les médias sont soumis à un violent siège, à la manipulation, aux mensonges et à la coercition économique, et aussi face au danger d’une agression militaire.
Dans ces conditions difficiles, comment envisage-t-on l’avenir de Cuba ? Nous aurons un avenir avec un pays éclairé par nos propres sources d’énergie ; un pays éclairé, mais sans gaspillage (Applaudissements).
Nous aurons une Cuba plus productive et plus efficace (Applaudissements).
Et nous continuerons d’avoir une Cuba juste, offrant des opportunités et des possibilités à tous (Applaudissements).
Nous continuerons d’offrir notre solidarité ; nous continuerons de soutenir les causes justes dans le monde ; nous continuerons de soutenir la cause palestinienne, la cause du peuple libanais, la Révolution bolivarienne, la libération du président Maduro et de son épouse Cilia (Applaudissements), la cause du peuple sahraoui, la cause de Porto Rico (Applaudissements), la cause du peuple iranien (Applaudissements).
Nous soutiendrons la cause de ceux qui ont participé à la flottille pour Gaza (Applaudissements), de ceux qui ont soutenu Cuba avec les convois d’aide humanitaire (Applaudissements).
Et nous lutterons à vos côtés pour la libération de Thiago et de tout autre camarade, militant ou combattant injustement emprisonné. (Applaudissements)
Nous croyons fermement que la véritable force d’une nation réside dans son peuple, dans ses citoyens et dans les travailleurs qui bâtissent un avenir digne. Aujourd’hui, grâce à vous, cette force est décuplée dans notre pays, démontrant ainsi que la solidarité internationale est l’arme la plus puissante contre l’égoïsme mondial. L’héroïsme, la résilience, la créativité, la dignité et l’histoire du peuple cubain, unis à vous et à votre solidarité, nous mèneront à la victoire. Nous n’en doutons pas ! (Applaudissements)
Mais lorsque vous nous témoignez une telle solidarité, vous nous confiez également une immense responsabilité, car nous savons que nous ne pouvons pas vous décevoir. Soyez donc assurés que le peuple cubain est déterminé à continuer d’être un phare d’espoir dans les Caraïbes pour tous ceux qui, à travers le monde, aspirent à un monde meilleur. Nous ne vous laisserons pas tomber, car vous décevoir, ce serait trahir l’espoir de tous les peuples humbles de cette planète.
Vive la paix ! (Exclamations : « Vive la paix ! »)
À bas la guerre ! (Exclamations : « À bas ! »)
À bas le blocus ! (Exclamations : « À bas ! »)
Vive les travailleurs du monde ! (Exclamations : « Vive ! »)
Vive la solidarité internationaliste ! (Exclamations : « Vive ! »)
Cuba n’est pas seule ! (Exclamations : « Cuba n’est pas seule ! »)
Toujours en avant vers la victoire ! (Applaudissements)
