Pour ceux d’entre nous qui n’ont jamais connu la guerre, il est difficile d’imaginer l’horreur d’une confrontation militaire. Il faudrait tenter de la saisir en multipliant mentalement le bruit de ce coup de feu d’entraînement que chaque adulte cubain a tiré au moins une fois.
Mais il est facile de supposer qu’une guerre serait incomparable, de par sa cruauté et son inhumanité, aux exercices militaires que nous menons sur l’île dans le cadre de notre préparation à la défense. Ces exercices sont le seul moyen d’empêcher une puissance impérialiste et démente d’oser concevoir et perpétrer une agression armée contre notre pays, sous quelque prétexte que ce soit.
Cette conviction rend le hashtag #CubaForPeace si important. Ce hashtag est omniprésent sur les réseaux sociaux, surtout lorsque, malheureusement, plusieurs pays à travers le monde subissent l’incertitude et la douleur des conflits armés, ou lorsque des provocations géopolitiques et des luttes de pouvoir opposent des puissances nucléaires, dans une sorte de dangereuse réédition de la Guerre froide.
C’est une triste réalité que nous ne devons pas ignorer, même si nous appartenons aux générations qui vivent aujourd’hui à Cuba sans avoir jamais connu la guerre de près – et sans le souhaiter –, grâce à nos parents et grands-parents qui ont pris les armes pour nous offrir une paix durable avec le triomphe de la Révolution en 1959.
Car, paradoxalement, en raison de notre vocation de peuple pacifiste, ou peut-être précisément à cause d’elle, les Cubains ont dû se battre, les armes à la main, et avec acharnement, tout au long de leur histoire.
L’émergence même de la nation était intimement liée au début de nos luttes pour obtenir l’indépendance du joug colonial espagnol.
Cette douloureuse contradiction, qui nous a contraints à prendre les armes pour réaliser les aspirations à la liberté des générations successives, se retrouve dans la pensée de nombreux intellectuels et patriotes des trois derniers siècles.
Parmi eux se distingue la vision d’une république pacifique conçue par José Martí, qui envisageait une guerre brève et nécessaire, exempte de haine stérile, pour conquérir l’indépendance.
Voici notre singularité : celle d’un peuple qui n’a jamais attaqué un autre, qui n’a jamais conçu ni participé à des guerres motivées par des arrière-pensées de domination, de conquête ou de contrôle de certaines ressources naturelles ou financières, pour s’enrichir au prix du sang et de la violence infligés à autrui, et qui aspire seulement à pouvoir construire son présent et son avenir sans ingérence, blocus ni subversion.
En plaidant pour la paix à Cuba et à l’international, nous perpétuons également l’héritage de Fidel, qui, jusqu’à la fin de sa vie, nous a mis en garde contre les dangers contemporains de la guerre et le rôle que notre petite île peut jouer pour alerter, exiger, anticiper et envisager un monde différent, où la guerre n’est pas le moyen extrême de résoudre les conflits au sein d’un ordre économique capitaliste mondial pratiquement à bout de souffle, incapable de rendre la vie viable sur la planète.
La position de Cuba et d’une Révolution qui a apporté la paix aux générations actuelles n’est pas, et ne sera jamais, d’intimider ou d’effrayer qui que ce soit, et encore moins d’être pessimiste quant à l’avenir. C’est précisément pour un avenir meilleur que nous avons combattu et résisté aux agressions du gouvernement des États-Unis pendant plus de 60 ans. Il est donc essentiel de rester informés, d’apprendre, d’enquêter, d’approfondir nos connaissances et de nous préparer à ce qui pourrait constituer un changement radical dans le rapport de forces actuel.
Je suis certain que la plupart des Cubains se battront toujours pour la paix, par les idées, et même par les armes si nécessaire ; afin que jamais plus le son de ce coup de feu unique que nous tirons lors de nos entraînements militaires quotidiens ne se multiplie à l’infini dans une guerre sanglante, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de nos frontières. Voilà l’essentiel.
